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Pierre NAPIAS 1892-1967, marin capbretonnais.

Jean Lartigue

 

 


PR�FACE

 


 Quand on a la chance d'avoir compt� parmi ses concitoyens un homme de la trempe de Pierre Napias, a-t-on le droit de laisser sa m�moire se noyer dans les d�ferlantes du temps ou bien le devoir de la sauver afin que chacun se souvienne ? 


 Si je m'attache aujourd'hui � lui rendre hommage c'est que, quelque part, j'ai un sentiment d'injustice � son �gard.


 En effet je constate que l'on attribue un nom de rue � telle ou telle personne r�cemment d�c�d�e, on baptise le bateau de sauvetage en mer, une place ou un square. Bien s�r, j'adore les fleurs, les poissons, les oiseaux et m�me Biarritz... sans oublier Nice.


 Point de Pierre Napias, ignor� chez lui, reconnu hors de nos murs , honor� par un Pr�sident de la R�publique. Il y a l� une omission qui me parait dommageable pour l'aura de notre ville, ses actes de bravoure r�alis�s dans des conditions particuli�rement difficiles o� la vie d'autrui pr�valait sur sa propre existence, sont une fiert� pour nous tous.


 Je pense � toutes les g�n�rations de personnes - enfants, petits enfants, arri�res petits enfants de ces gens qu'il a sauv�s et qui ne savent s�rement pas qu'ils sont l� parce qu'� un moment Pierre Napias est venu donner un coup de pouce au destin.


 Voil� le d�cor plant� ! Mais qui �tait donc ce Pierre Napias rel�gu� au statut de simple quidam alors qu'en d'autres lieux il aurait fait figure de h�ros. C'est ce que je vais essayer de montrer sans vouloir pol�miquer mais plut�t en collant le plus possible � la r�alit� des faits.

 
La naissance

 

 Je ne sais pas si la mer �tait belle ce jour l�, si la houle atteignait un, deux, voire trois m�tres ou bien encore si les vents de deux ou trois Beaufort allaient balayer le rivage. Par contre ce dont je suis certain, c'est qu'au foyer de Fran�ois Napias et de Justine n�e Minjot na�trait un sacr� bonhomme qui se tiendrait debout devant cet oc�an, contre vents et mar�es.
 Ainsi ce 2 mars 1892 Pierre Napias ouvre les yeux au monde alors que l'hiver n'en finit pas d'�grainer ses derni�res litanies. Quelques giboul�es viennent caresser le visage poupin du nouveau-n�, comme pour le pr�parer - � signe annonciateur ! - au rude face � face avec dame nature.
 Toujours est-il que Fran�ois, pressentant un heureux �v�nement, ne part pas en mer ce jour l�. Il est p�cheur mais le canot reste au mouillage. Justine a ses contractions et il ne veut pour rien au monde manquer la naissance du b�b�. ?L'appel de la m�re s'av�re plus fort que celui de la mer.?
 Il y a belle lurette que Justine a abandonn� les dunes o� elle participe au recouvrement des ceps de la vigne du fameux vin de sable, ainsi que bon nombre de femmes de p�cheurs. On ne n�glige rien chez les Napias afin de ramener un minimum de bien-�tre dans ce foyer plus que modeste.
?Qu'es un gouyat? s'�crie Fran�ois � l'adresse de Justine. Lui qui d�sesp�rait d'avoir un jour un gar�on.  Il faut rappeler que la famille Napias compte d�j� trois filles, Jeanne, Germaine et Am�lie. Bien plus tard viendra Am�d�e.
 Bref la succession est assur�e pense t'il en brandissant le bambin qui s'agite dans tous les sens - comme s'il nageait -. Normal quand on est du signe du poisson - mais voil� qui en dit long sur le devenir du rejeton - promis � une vie au contact de l'eau.
 L'avenir nous montrera que le jeune Pierre ne faillira pas � sa mission.

 

L'adolescence


 Les ann�es passent, bon gr� mal gr�. Notre Pierre grandit au milieu des siens qui luttent pour nourrir tout ce petit monde. Cinq enfants ce n'est pas rien et l'esprit de sacrifice des parents a ses limites. Il y a l'�cole bien s�r, mais il faut aussi mettre la main � la p�te. Le r�le du gar�on - surtout quand il est unique au sein de la cellule familiale, n'est pas le m�me que celui d�volu aux filles. Celles-ci sont abonn�es aux t�ches de la maison, mais Pierre, lui, doit sortir du cocon et faire ses preuves - et o� donc sinon dans le milieu naturel qui est le sien - seule voie royale pour ce jeune adolescent sans formation particuli�re. Capbreton et son port lui tendent les bras, et tous les bras sont bons.
           La for�t est aussi toute proche aux richesses in�puisables. Pourquoi ne pas profiter de cette manne ? Il serait absurde de n�gliger une telle opportunit�.
 Alors vas-y que je te confectionne un fagot de bois pour la Marie ou tout simplement pour la chemin�e familiale. Ainsi Justine pourra faire bouillir une marmite pleine de bonne soupe qui vous fait devenir un homme, un vrai !
           Et les gemmelles encore ruisselantes de r�sine, sans pareilles pour vous allumer un bon feu tout en vous parfumant la maison. Sans oublier les � pignes � leur n�cessaire compl�ment, dont le cr�pitement �gaie quelque peu l'atmosph�re aust�re du foyer, et qu'on peut proposer aux familiers �g�s dont l'�chine a du mal � se plier, peut �tre � force d'en avoir trop ramass�. Pour quelques sous ils'�pargneront leur peine tout en aidant le jeune Pierre.
 Les champignons - denr�e d�j� fort pris�e � l'�poque - permettent aussi � notre fouineur d'am�liorer l'ordinaire de l'humble famille Napias, lorsqu'il r�ussit � d�nicher ?un crot.? Alors il faut vite remplir le panier et aller le vendre en cachette afin que personne ne lui vole son tr�sor.
 ?Il fait p�ter l'oeil?- curieux qu'il est - � tout ce qui l'entoure afin d'en saisir la substantifique valeur. Chineur par n�cessit�,  il fait de rentables trouvailles, comme ce vieux tamis - il a alors 12 ans - dont on se sert pour la p�che � la pibale, abandonn� sur un tas d'ordures.
 Bien s�r il faut le retaper, mais Pierre a le temps et m�me si le bricolage n'est pas son fort, il s'attelle � la t�che. Le r�sultat est l�, le voil� arm� pour rejoindre la cohorte des p�cheurs de civelles.
 Et donc, lorsque par gros coefficients les mar�es poussent fort jusqu'au Pont du Port tout proche de la maison, il s'en va la nuit tomb�e guetter les premiers spasmes de la mar�e. Il fait peine � voir notre Pierre, son sac de jute n�gligemment jet� sur ses fr�les �paules, les pieds nus dans de vieux sabots de bois bien trop grands pour lui et qu'il a garni de paille vol�e chez un voisin �leveur de vaches. Ainsi il r�ussit � ne pas les perdre. De plus la paille lui tient chaud, et ce n'est pas du luxe car les nuits sont fra�ches en hiver et la p�che � la pibale trouve son apog�e par des temps d�testables.
 Si la p�che est bonne, il court la vendre de bon matin � un restaurateur, seul capable de lui en donner un bon prix. Car c'est d�j� en 1905 un mets recherch� par les gourmets. Puis aux beaux jours du printemps. Pierre peut d�guster les d�lices de la mer et s'adonner � d'autres qu�tes. D'autant plus qu'une client�le nouvelle, les premiers estivants viennent d�couvrir la station en plein essor. Ne dit-on pas sur certaines cartes postales ?Capbreton dans les environs de Biarritz?.
 C'est donc la chasse aux coques et palourdes, ramass�es dans le sable de la plaine du Bouret, du c�t� de la Roue, les moules et les hu�tres dans les enrochements du canal d'Hossegor ainsi que les crevettes et petits crabes pris � la balance. Sans oublier les vers et couteaux, indispensables app�ts des p�cheurs � la ligne en bord de mer. Avec leurs grandes gaules de bois munies de petites fourches � leur extr�mit�, permettant de lancer des cordeaux ils captureront maigres, dorades et autres louvines.
 Tout ceci est bien joli, mais l'�cole dans tout cela ? Pierre fait d�j� partie de ces gens qui ne peuvent courir deux li�vres � la fois, et comme personne ne lui en tient rigueur il poursuit son bonhomme de chemin en ayant la conscience en paix.
 Non seulement il n'est pas � charge mais de plus il contribue au quotidien. Il n'est pas question que ses soeurs endossent sa part de travail, alors qu'il entre dans la force de l'�ge. Il se fait un petit homme rude � la t�che, robuste � la maladie. Mais en m�me temps on d�c�le chez le gar�on des qualit�s de serviabilit�, de g�n�rosit�. C'est la bont� m�me, doubl�e d'un grand courage.
 A tel point que le 16 septembre 1907 - il a alors 15 ans - il franchit le grand pas de la terre vers la mer. Il s'embarque comme mousse sur la pinasse INTR�PIDE-BA211. C'est son premier contact avec la petite p�che locale. Les embarcations naviguent � vue, on ne quitte pas l'estacade, le grand Pandias ou la Rhune des yeux et on pose les filets � grandes mailles pour capturer les liches, ou les casiers apr�s avoir sond� avec la cordelle et le plomb bourr� de suif, afin de d�terminer la nature du fond.
 Cette premi�re exp�rience dure 13 jours. Un autre embarquement de trois jours sur le caboteur NORMAND BA 319 et voil� l'hiver.
 A cette �poque, la tr�ve hivernale est respect�e. Elle laisse libre cours aux activit�s terrestres - pour les uns, manoeuvres dans le b�timent qui est en plein essor, p�che � la pibale pour d'autres. Mais c'est aussi pour le poisson l'occasion de coloniser le Gouf pour se reproduire et ainsi p�renniser les esp�ces,  favorisant un pr�l�vement constant pour tous les types de p�che.
 Et s'il y a un type de p�che particuli�rement pris� sur nos c�tes landaises c'est la p�che � la senne. Pratiqu�e par mer belle, elle requiert un grand nombre de bras d'inscrits maritimes mais aussi de badauds qui vont ?haler? le filet quand celui?ci regorge de poisson. Parfois les prises sont telles que chacun trouve son compte dans la p�che miraculeuse.

                                                     Le  � Pro-Patria � d'Emile Vignes


 Puis l'hiver se passe et notre Pierre s'embarque � nouveau sur ?l'INTR�PIDE? mais cette fois comme novice - le mousse a d�j� fait ses preuves. Le travail devient plus dur, il alterne le cabotage et la p�che. Une marche de plus est franchie lorsque le voil� matelot sur le PRO PATRIA (BA 137) de Capbreton - premi�re chaloupe � moteur baptis�e par l'abb� Gabarra. Nous sommes le 1er f�vrier 1910.
 La fiert� gagne notre valeureux jeune homme de 18 ans. Il gravit patiemment les �chelons de la rude profession de marin avec une abn�gation digne d'�loges, a tel point que le 30 juin 1911 il part matelot sur la VIENNE immatricul�e � Granville qui fait du cabotage r�gulier entre Cette et Marseille.
 Ce n'est plus la p�che, mais qu'importe pourvu qu'il ait toujours les pieds dans l'eau.
 De retour � Capbreton le 28 mars 1912 il rembarque sur le PRO PATRIA pour la saison de la sardine et de l'anchois, abondants en cette saison. Il d�barque le 8 juin 1912.
 Mais d�j� l'orage gronde � l'horizon et ce qui doit arriver se pr�cise. L'heure de la mobilisation sonne, une autre page de la vie tr�pidante s'ouvre.

 


La guerre

 

 Pierre Napias a donc abandonn� les filets, les casiers, Capbreton, Bayonne, et ceux qu'il aime pour rejoindre le d�p�t de Toulon.
 Le jeune matelot de 3� classe d�couvre ce 9 juin 1912, ainsi que bon nombre de recrues, un autre aspect de la vie maritime. Finies la vie approximative, les tenues d�braill�es, l'odeur du poisson, bref la vie de p�cheur. Ici tout n'est que rigueur, discipline, nettet�. L'odeur est celle de la poudre.
 Bougrement m�me car � l'est l'orage tonne.
 C'est le d�but d'une p�riode qui n'alt�re en rien la d�termination de Pierre Napias. En cette circonstance il n'a d'autre envie que celle de servir. Ce p�riple l'emm�ne jusqu'en orient � bord du Jules Michelet croiseur cuirass� construit � Lorient beau jouet de 149 m de long pour 21 m de large avec un tirant d'eau de 8 m 40 �quip� de 3 machines pour une puissance de 30.483 CV lui donnant une vitesse maximum de 22,86 noeuds.

                                           Le croiseur � Jules Michelet �

 

Son armement se compose de
- 4 canons de 194 mm par paires en deux tourelles axiales
- 12 canons de 164 mm sur les flancs - 24 canons de 47 mm � tir rapide
- 5 tubes lance-torpilles dont 2 sous-marins.
 L'effectif se compose de 22 officiers ; 750 officiers mariniers, quartiers-ma�tres et matelots.
 Sorti de l'arsenal de Lorient le 19 juin 1908 pour faire une s�rie d'essais, le Jules Michelet est d�finitivement arm� le 10 d�cembre 1908 et regagne Toulon o� il est affect� � la premi�re division l�g�re de la 1�reescadre. A ce titre il participe � diverses d�monstrations, notamment en Cr�te sous les ordres du Capitaine de Vaisseau Amelot puis du C V Cauvy.
           Les soutes du croiseur sont pleines � ras bord de charbon et le paisible bateau se transforme soudain en terrible pr�dateur des oc�ans, pr�t � fondre sur sa proie.
 H�las en 1912 alors que le Jules Michelet est affect� � la Division des Ecoles de la M�diterran�e sous les ordres du C V Pradier ? et c'est � ce moment que Pierre Napias le rejoint - un accident li� � l'inflammation d'une gargousse de poudre pendant une s�ance de tir � obus fait cinq morts et quinze bless�s.
 En 1914 le croiseur est incorpor� � la 1�re Division L�g�re de la 1�re Arm�e Navale sous les ordres du C V Morin de la Rivi�re.
 Puis il rejoint Bizerte, et c'est la campagne de Gr�ce sous le commandement des C V Soulez, du Comedic de H�raut et Boissoudy.
 . Fin 1918 d�but 1919, le Jules Michelet participe � diverses op�rations en Mer Noire. Constantinople, S�bastopol, Odessa, l'�vacuation de Kerson en mars 1919 devant l'attaque bolchevique - 2 marins y sont port�s disparus.
Pierre a v�cu tout cela.
 Il ne quittera pas la marine de guerre sans les honneurs qui lui sont dus. Le voil� bard� de nombreuses m�dailles dont la Croix de Guerre et cinq autres distinctions ainsi que du dipl�me de la Guerre 1914-1918.

 

   

                                                M�dailles de la guerre 1914-1918

 

 

La famille

 

 La d�mobilisation pass�e s'ouvre pour Pierre Napias la grande �preuve que traverse tout jeune lib�r� de ses obligations militaires.
 Le souci majeur qui pr�occupe notre jeunot est de rencontrer celle qui partagera sa vie. Pierre a alors 28 ans : nous sommes en 1920. L'heureuse �lue qu'il �pouse le 16 avril s'appelle Jeanne Begaule et comme un bonheur n'arrive jamais seul il se trouve en m�me temps papa d'une petite fille qu'il aimera comme ses propres enfants. Berthe, puisque c'est d'elle qu'il s?agit - m�me si on pr�f�re l'appeler Betty-, le lui rendra bien. La vie les s�pare lorsqu'elle part avec son mari s'installer � Rochefort et exploiter un commerce de chaussures. Par la suite elle reviendra � Capbreton pour s'occuper de sa m�re.
 La petite Jeanne qui na�t en 1921, seconde fille de Pierre Napias d�c�de � 11 mois d'une m�ningite comme beaucoup de nourrissons � cette �poque l�.
 Vient ensuite Jean en 1923 � qui la mer fait un clin d'oeil. Pr�f�rant la p�che aux bancs de l'�cole, avant de faire son service : o� �a?  - dans la marine. Je pense que de l'eau de mer coule dans ses art�res, il est le digne fils de son p�re. Il part dans la marine marchande, mais meurt � 46 ans victime d'un mal implacable.
 Henry n� en 1927 fait une tentative  vers la menuiserie chez Tison, mais ne r�siste pas longtemps � l'appel du large. Bon sang ne saurait mentir. ?Riri? comme on l'appelle y compris sur les terrains de rugby o� il trimballe sa carcasse de deuxi�me ligne, finit sa carri�re sur la drague maritime de Bayonne. Tragique destin, alors qu'il rentre chez lui � pied venant de l'h�tel du Centre, une voiture le fauche sur le trottoir � proximit� de son domicile le 27 septembre 1981.
 Marie plus connue sous le nom de ?Mimi?, joue le r�le de m�re au foyer car Jeanne part tous les jours travailler � la vente du poisson. C'est elle qui pr�pare les paniers contenant les ?casse-cro�te? des 3 ?p�cheurs?. Elle se marie � dix huit ans et quitte Capbreton pour suivre son douanier de mari � la fronti�re espagnole. Quand Roger est affect� au poste de Capbreton elle revient respirer l'air du pays avec ses trois filles.

 

La vie active


 Maintenant que Pierre a des bouches � nourrir, n�cessit� se fait sentir d'y parvenir, par tous les moyens pour ce modeste chef de famille qui a tout � prouver.
 La volont� est l�, le travail ne manque pas. Beaucoup d'efforts sont d�ploy�s pour l'embellissement de la station baln�aire bien en vogue, les �quipements, les moyens de transports (avec la correspondance entre B�nesse ?- le train - et la station- gr�ce aux autobus de l'�poque de Messieurs Tabourin et Faucouneau)
 Il ne faut pas oublier les bains chauds. Les bains Lesca accol�s au Grand H�tel de la plage - ainsi que les bains chauds Destribats situ�s pr�s du pont Lajus en ville. Capbreton a pris une nouvelle dimension. La vocation touristique g�n�re bon nombre d'emplois, mais les vocations de la cit� sont aussi toujours li�es � son port de p�che et aux activit�s annexes.
  S'il se tourne vers la p�che, c'est que tout naturellement il la conna�t. C'est sa formation et c'est la passion. La mer exerce une telle attraction sur le bonhomme qu'� aucun moment il ne lui viendrait l'id�e de faire autre chose. A peine lev� le matin -, Pierre scrute patiemment le ciel afin d'y trouver quelque raison d'esp�rer un temps cl�ment. Quelques nuages d'altitude, ce n'est pas m�chant. Il hume l'air pour y d�celer des traces d'embruns sal�s. ?Oui, le vent est � l'Ouest?. Pas question � l'�poque de consulter M�t�o-France. La m�t�o chacun se la fait avec son v�cu, son exp�rience - au jour le jour.
 Toute la journ�e - toutes les journ�es, dirai-je, - seront fonction de cette prise de contact matinale, � condition que la mer soit en ad�quation avec le ciel, car c'est elle qui a toujours le dernier mot.
 Pierre se sent aspir� par elle et il en faudrait beaucoup pour l'en d�tourner. Elle exerce sur lui une telle attirance que plus tard cela les rendra complices. Mais en attendant, il lui faut batailler dur pour gagner sa cro�te. Pierre ?ne gardera pas les deux pieds dans le m�me bateau?, bateau qui n'aura rien d'un sabot.
 Ainsi on le retrouve embarqu� sur le vapeur ?MEKNES?, un caboteur - en tant que cuisinier et ce malgr� un dipl�me d�faillant- le capitaine du navire devait d�j� savoir � l'�poque que l'on mangeait bien dans les Landes. On le mentionne ensuite sur la ?DEMOCRATIE? et le ?CACATOIS? bateaux qui font la p�che au large.

            
                                                         Le � Ren�e � � quai.


Le mal du pays le fait revenir � la petite p�che � Capbreton sur L' ?ANNA HELOISE? et puis � nouveau l'appel du large sur le vapeur ?EUROPE? un long courrier en tant que soutier. Dure p�riode pour ce bonhomme �pris d'air - aussi pr�f�re-t-il sa condition de matelot sur diff�rentes embarcations qui ont pour nom ?ROSALIE?, ?LOUIS CARDON?, la ?NIVELLE?, la ?LANDAISE?, l'?ACOTZ?, la ?PETITE THERESE? et le ?ROSAIRE?.
 Enfin, cons�cration supr�me, le voil� patron. Il obtient son certificat de capacit� le 17 septembre 1926. Cela se m�rite et ne se d�cr�te pas. Les heureux �lus auront pour nom le ?VENGEUR,? le ?LOUIS CARDON?, la pinasse ?HELVETIA? et en 1927 le sloop � moteur ?REN�? sur lequel il s'illustrera � plusieurs reprises lors de sauvetage.
 Les postes � responsabilit� lui �choient au fil des ann�es et ses qualit�s de marin, d'homme, sont reconnues.

                                 

 

 

                                                             Pierre p�cheur.

 Les unit�s sont aussi plus importantes comme le ?BLANCHE-GUY? en 1930. Mais c'est surtout sur le ?REN�E? et le ?LUTECE? qu'il franchira la d�cennie jusqu'en 1942.
 Le ?LAUREJA? et le ?GALIPETTE? seront ses derniers postes � responsabilit� en tant que patron. Avec l'�ge, il n'a plus la motivation n�cessaire sinon de repartir comme matelot avec en point d'orgue le ?PORTE DU LARGE?, fleuron de la flottille capbretonnaise de l'�poque avec son allure de gros cygne blanc. Pour Pierre ce sera le ?Porte de sortie? apr�s quarante quatre ans de navigation et de bons et loyaux services. Nous sommes le 12 ao�t 1951 Pierre raccroche le cir� et les bottes.

Bons et loyaux services, l'expression lui est particuli�rement bien adapt�e car parall�lement � l'activit� de la p�che, notre inscrit maritime ?Pierre le Bon Samaritain? s'est consacr� � autrui comme surveillant de baignade en p�riode estivale ou comme patron du Canot de Sauvetage. 


 

 Ainsi le 5 juillet 1925 le Conseil Municipal fait choix de Monsieur Pierre Napias comme surveillant-garde-plage pour les mois de juillet, ao�t et septembre, et fixe � 500 F son traitement mensuel. Il sera remplac� l'ann�e suivante par Maurice Gelez, le titulaire �tant nomm� chaque ann�e.

 

Lettre de candidature de garde-plage.


 

 

 

 Le 13 juin 1930, Georges Blanc titulaire du Brevet de nageur de grand fond fait acte de candidature devant le Conseil municipal pour la saison 1931 rejoint en cela par Pierre Napias, lequel annulera sa candidature le 27 juin 1931. Le salaire est � l'�poque de 900 F. Georges Blanc sera l'heureux �lu et ce malgr� la lettre de recommandation du Pr�sident du comit� de Sauvetage favorable � Napias. 

 

 

 

 

 


 


                                                    R�ponse du Dr Junqua, maire de Capbreton.


 Pierre est le patron depuis 1929 du canot de sauvetage - en remplacement de Charles Lescar - aid� par les sous-patrons Albert Hournadet et Jean Ducamp avec lesquels il accomplit deux sauvetages en 1929.
 En 1931, on peut lire dans le registre des d�lib�rations :?Le mat�riel important qui a �t� r�uni � grands frais afin de concourir aux sauvetages et emp�cher le retour des sinistres comme ceux du ?HANIA?, du ?GISSES? et du ?LUTECE? qui ont mis en deuil de nombreuses familles capbretonnaise et bretonnes, devant �tre l'objet d'une surveillance et d'un entretien constants pour �tre pr�t � toute �ventualit� ; la cr�ation d'un poste de gardien de ce mat�riel est d�cid�e et Monsieur Pierre Napias patron du canot de sauvetage est, sur proposition de Monsieur le Maire - d�sign� comme titulaire aux appointements annuels de mille huit cent (1.800,00) francs qui lui seront pay�s par mensualit� � partir du 1er juillet 1931.
 Beau t�moignage de reconnaissance, de la part de sa ville, apr�s celui du Pr�sident de la R�publique en mai de la m�me ann�e. Mais n'anticipons pas.
            

 

 


Ses exploits


 Aux archives de la Marine � Rochefort lorsque je me suis plong� dans les ?Annales du Sauvetage? � la recherche de la relation des exploits de Pierre Napias, j'ai eu l'agr�able surprise de constater qu'il n'�tait pas le seul capbretonnais dont on citait le nom.
 A croire qu'une tradition fortement ancr�e faisait de chaque marin un sauveteur en puissance, preuve s'il en fallait de cet esprit de solidarit� des gens de mer. C'est ainsi que j'ai crois� le nom de Charles Lescar patron du canot de sauvetage, de Jules Larrieu, Pierre Cotis, Louis Lagard�re, Albert Hournadet, Louis Dordezon, Jean Gelez, Laurent Cotis, Jean Milocqs, Jean Ducamp et tant d'autres, tous honor�s par les instances nationales du Sauvetage en Mer. La mention toute particuli�re va � Pierre Napias.

 

 

 

 

 


     

                                            Extrait des Annales du Sauvetage.

 Retrouvons le au retour de la guerre. Il s'embarque alors, � nouveau pour la p�che et, � force de batailler, d�croche son certificat de capacit� le 17 septembre 1926 Notre petit homme a maintenant la possibilit� de commander, d'�tre patron. Il ne s'en prive pas et lorsqu'il prend le commandement du ?REN�? il se voit confront� aux situations p�rilleuses de ce dur m�tier, mais avec en plus le pouvoir de d�cision, la responsabilit� des hommes et des choix difficiles � faire.
 Il s'av�re efficace et professionnel, et se voit attribuer le commandement du canot de sauvetage ?COLONEL BRUZARD? construit en 1922 par les Entreprises basques de Socoa - gr�ce � un legs de Madame Bruzard - et baptis� par l'abb� J-B Gabarra en pr�sence du maire Junqua. Il succ�de ainsi � Pierre Clavery ancien officier des �quipages devenu Pr�sident du comit� local de sauvetage en mer, et � Charles Lescar.
 La t�che est difficile mais Pierre est entour� de braves matelots qui ont pour noms Abel Tauzias, G�rard Boulade, Michel Tauzias, Bibi Recart, Labastie, Jean Darrieux, Jean Lalanne, Bengali Lahorgue, Henri Bellocq, Emile Lacoste, G�rard Gelez, Etienne Dubedout, Jean Gelez, Georges Blanc, Pierre F�lix, Jean Dulaurent, Castaing, Maurice Bellocq, Pierre Hournadet, Jean Ducamp, Jean Milocqs , Jean Hournadet.
 Bref que des bons !

 

 

 Les canotiers autour de Pierre Napias.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Il le faudra ce 11 d�cembre 1929 lorsque le bateau sardinier ?GISSES? se pr�sentant � l'entr�e du port de Capbreton - alors que la mer pouss�e par un gros vent n'en finit pas de grossir - chavire brutalement au grand dam de l'�quipage, qui se voit projet� � l'eau. Les conditions sont d�favorables car les d�ferlantes ont une violence inou�e. D�j� le patron du sardinier, ?Quinquis?, dans un supr�me effort, r�ussit � ramener trois matelots que s'agrippent � la coque renvers�e du bateau. Pour le reste, c'est l'affaire de Pierre Napias qui, malgr� les vagues et le courant se jette � l'eau. Deux marins sont encore prisonniers des flots et au prix d'une lutte acharn�e contre ces �l�ments hostiles, Pierre r�ussit � ramener nos deux naufrag�s sur la terre ferme. Tout ceci se d�roule de nuit, comme pour compliquer encore plus la t�che, mais qu'importe puisque l'�quipage est sauv�, et le nouveau patron du canot de sauvetage peut �tre fier dans son extr�me modestie, de son bapt�me de l'eau. D�j� il suscite l'admiration de ceux qui ne le connaissaient pas.
 Il n'a gu�re le temps de souffler car deux mois plus tard, le 26 f�vrier 1930, c'est au tour du ?LUT�CE? de subir le m�me mauvais sort que le ?GISSES?.
 Nous sommes en hiver, les conditions climatiques ne sont pas favorables, mais les n�cessit�s �conomiques poussent souvent les �quipages � la faute.
 Lorsque le ?LUT�CE?, victime d'un brusque changement de temps, d�cide de rentrer au port, ?la porte est ferm�e? comme on dit. D'un autre c�t� il est impossible de rester au large car les conditions se d�t�riorent, aussi le patron engage son bateau dans cette maudite passe. H�las pour lui une forte lame le soul�ve comme un vulgaire f�tu de paille, avant de le retourner quille en l'air. Des badauds voyant la sc�ne donnent rapidement l'alerte. Il n'en faut pas tant pour que Napias, qui proc�de � des rangements sur son embarcation le ?REN�E? se dirige avec son fid�le Nico vers le bateau naufrag�.
 Les vagues ?cassent? sans r�pit, freinant d'autant plus la progression du ?REN�E? en direction de l'�pave. Un homme est l� au beau milieu des brisants ; l'approche est difficile, mais n�cessaire pour agripper le malheureux qui est ext�nu�. Nico y parvient mais n'arrive pas � l'embarquer car le bateau roule bord sur bord.
 Lorsqu'une vie est l� � port�e de main, la conscience commande. La manoeuvre r�ussit. Le naufrag� recueilli a perdu connaissance et Pierre Napias indique � ce brave Nico les gestes � faire pour le ranimer. Il est contraint d'abandonner la barre pour lui pr�ter main-forte Le ?REN�E? priv� de barre se retrouve en travers, et malgr� la manoeuvre de ?desperado? du patron Napias face � une �norme vague, le pont est balay� et tout ce qui s'y trouve est projet� � la mer mais sans incidence sur les hommes,. Les recherches se poursuivent, h�las sans r�sultat, et il est convenu de rentrer au port o� le rescap� est d�barqu�.
 On pourrait croire que tout est fini, mais c'est sans compter sans l'opini�tret� d'aucuns diraient l'inconscience du petit homme, qui retournant � proximit� du naufrage et amarr� par un long ?bout? � l'estacade s'aventure dans le violent courant � la recherche d'un �ventuel rescap�. Un t�moin qui assiste au drame crie � l'adresse de Pierre Napias : ?Napias, tu risques d'y rester !?
 Ce dernier, bien que conscient du danger, lui r�pond : ?Je ne peux pas voir les hommes se noyer sans essayer de les sauver. Arrivera ce qui arrivera.?
 Lorsque le Pr�sident du Comit� Local de Sauvetage, l'ancien officier des �quipages, Paul Clavery, pr�cise que Pierre Napias, au moment des faits, est p�re de quatre enfants dont le plus �g� a dix ans et qu'il a aussi son p�re �g� de 76 ans � charge, on mesure � quel point Napias a pratiqu� le don de soi.
 Pas �tonnant que, lors de l'Assembl�e G�n�rale de la Soci�t� de Sauvetage en Mer du 3 mai 1931 � Paris, Pierre Napias soit trait� en h�ros.
 Comment taire les ?petits exploits? qui ont jonch� la vie de notre h�ros. De par sa fonction de ma�tre-baigneur, il doit intervenir pour porter secours � des personnes en difficult� lors de la baignade.
 C'est le cas, le 17 juillet 1925, alors qu'il vient de se voir investi depuis peu du r�le de saint-Bernard de la plage.
 A peine remis de ses �motions, il est � nouveau � l'action le 17 ao�t 1925, toujours pour secourir des nageurs imprudents, avec la m�me d�termination, ce besoin imp�rieux d'aller au del� de lui-m�me pour autrui, comme si la vie des autres avait plus d'importance que la sienne. Ce qui am�nera en s�ance extraordinaire du 30 ao�t 1925 cette r�solution :


 ?Le Conseil Municipal charge le Maire de t�moigner � Messieurs Napias Pierre, surveillant municipal des bains � la plage, Gelez G�rard et Darrieu Jean, guides baigneurs � l'Etablissement, toute la satisfaction ressentie par la population tant autochtone que vill�giaturante, � l'annonce des actes de courage et de d�vouement accomplis par eux � l'occasion des divers sauvetages en mer.
 D�cide de leur accorder � titre d'encouragement au bien, une somme de cent francs � chacun et vote, pour ce faire la somme de trois cents francs (300F.)?


 Au del� de cette reconnaissance locale, on peut lire dans la revue nationale ?Les annales du Sauvetage?- Capbreton (Landes) :


Napias (Pierre) matelot, a effectu� trois sauvetages les 17 juillet et 17 ao�t 1925, donnant le plus bel exemple d'�nergie et de d�vouement.?


 Il se voit attribuer la M�daille d'argent du Sauvetage le 20 f�vrier 1926. Auparavant, la Fondation Carnegie lui avait attribu� son dipl�me pour les m�mes faits.


 Quelques ann�es plus tard, alors qu'il d�serte les rivages de Capbreton pour se retrouver garde-plage � Hossegor, il fera preuve de la m�me bravoure. Voila ce que raconte Paul Clavery, l'ancien officier des �quipages de la flotte promu au r�le de Pr�sident du Comit� local de Sauvetage :


 ?Le 18 ao�t 1934, vers 13h.30, le patron de notre baleini�re de sauvetage Napias Pierre, garde plage � Hossegor pendant la saison estivale, aper�ut un baigneur qui paraissait lutter vainement contre le courant qui l'entra�nait au large.Au moment o� Napias l'aper�ut, l'imprudent baigneur, un sujet russe du nom de Kousmine-Karaveff, se trouvait, aux dires des t�moins, � environ 300 m�tres du rivage.
 Se porter � son secours � la nage e�t �t�, vu la force et la direction du courant, aller � une mort certaine. Aussi Napias, dont l'esprit de d�cision et le courage sont reconnus, songea-t'il, malgr� l'�tat de la mer, � mettre � l'eau la fr�le embarcation de sauvetage dont il dispose. Il f�t aid� dans cette op�ration par le garde-baigneur Creach, mais Napias monta seul � bord.
 Apr�s avoir habilement manoeuvr� parmi les brisants, Napias atteignit le naufrag�. Comme il e�t �t� dangereux de hisser ce dernier � bord, Napias lui lan�a un bout qui p�t �tre saisi. Krousmine, excellent nageur, voyant qu'on allait � son secours, avait m�nag� ses forces. Remorquant le naufrag�, Napias p�t, non sans difficult�, franchir � nouveau les brisants.
 De l'avis de tous les t�moins, notre patron a connu un r�el danger, car la mer �tait tr�s houleuse, tout en arrachant un homme � une mort certaine.?
(Extrait des Annales du Sauvetage)

 Enfin, en point d'orgue de tous ces exploits, celui qui, dans la m�moire des Capbretonnais est encore le plus vivace, le naufrage du ?SOCCORI II? dont il ne reste qu'un survivant, Andr� Labarthe. Mais pour cela laissons � Alex Cazalis, journaliste � la ?Petite Gironde,? le soin de nous conter les faits du drame qui s'est d�roul� le 13 Novembre1947 � 5h.20 du matin: ?Un sardinier s'�choue devant Capbreton? 13 hommes � la mer, 2 noy�s - et le journaliste de poursuivre- :

 
 ?Jeudi matin � 5h.20, le ?SOCORRI II?, sardinier de Capbreton, armateurs et patrons les fr�res Tauzia partait � la p�che : c'�tait au d�but du descendant, il faisait nuit et une forte brume s'�tendait sur la mer. Le bateau longeait l'estacade et se dirigeait un peu au jug� lorsque, apr�s avoir d�pass� la partie r�par�e de l'estacade, le sardinier toucha les fondations de la partie qui continue � s'avancer dans la mer.
 Le sardinier ?g�ta? sur tribord et sur le choc, six hommes furent projet�s � l'eau, les sept autres restant accroch�s sur des doris. Un p�cheur qui se trouvait sur l'estacade partit imm�diatement donner l'alarme. Malgr� l'heure matinale, les secours arriv�rent vite.
 Le ?SAINT-ANNE?, patron Arnaud Blanc, qui s'appr�tait � appareiller, partit aussit�t. Il f�t assez heureux pour arriver � la ?passe? et pour sauver les sept hommes accroch�s � des �paves. La mer �tait un peu forte, il faisait nuit, il y avait du brouillard et la manoeuvre f�t difficile. N�anmoins, gr�ce � cette magnifique solidarit� des gens de mer, le ?SAINT-ANNE? p�t prendre � son bord les rescap�s du ?SOCORRI II?.
 Nous avons r�ussi � rencontrer dans l'apr�s-midi un de ces hommes qu'on p�t ramener � terre � 14 heures, car depuis le matin, la mer n'avait pas attendu, elle s'�tait retir�e et le ?SAINT-ANNE? avait �t� oblig� de croiser dans les parages avant que la hauteur d'eau soit suffisante pour permettre le retour.
 Il nous a d�crit ces instants dramatiques : ?Nous avons senti tout d'un coup que le ?Socorri? touchait. Il se coucha sur tribord. Nous avons compris que nous avions accroch� la base de l'estacade. Six de nos camarades avaient �t� projet�s, nous les avons aussit�t perdus de vue, le brouillard �tant trop dense. Nous avons cri�. Le bateau coulait. Nous restions sept. Nous nous sommes accroch�s au petit doris, apr�s avoir sauv� les filets. Les fr�res Tauzia, patrons et armateurs, �taient avec nous. Nous avons r�ussi � nous d�barrasser des v�tements et des bottes qui nous encombraient. Nous n'avions plus aucune notion des distances. Pendant quelques instants, nous avons v�cu des moments affreux puis le ?SAINT-ANNE? est arriv�.
 Tout aussi poignant est le r�cit que nous fit un des quatre survivants qui furent projet�s au moment du choc : ?la matin�e �tait froide, nous �tions v�tus un peu lourdement, les bottes bourr�es de chaussons. Dans l'eau ce fut un handicap �norme. Certains d'entre nous ont r�ussi � se lib�rer de ce lourd fardeau, mais c'�tait difficile. Un fort courant nous �loignait du bord nous savions que la terre n'�tait pas loin, mais l'on n'y voyait pas � deux m�tres. Il a fallu lutter et lutter encore. Deux fois je fus tout pr�s du bord, mais une lame me ramenait au large.
 Chose curieuse, alors que dans l'eau j'arrivais � me d�fendre d�s que je pus prendre pied, je ne pouvais plus lever les jambes; je me tra�nai; on vint me sortir de l� car je ne sais si j'aurais eu la force de faire les quelques m�tres qui me s�parais du bord.?

 

 

 

 


    

 Jean Gel�s, Joseph Jaffry (qui se noiera), Gilbert Lacoste, Henri Tauzias, Andr� Labarthe et Henri Pinsolle embarquant la bolinche peu de temps avant le drame.

 Parmi les six marins projet�s dans la mer, quatre r�ussirent � rejoindre la terre, sains et saufs; le cinqui�me Joseph Jaffry n� le 22 d�cembre 1893 � Plouhinec (Finist�re) p�re de trois enfants, �tabli depuis plusieurs ann�es � Capbreton f�t ramen� sans vie. Le Docteur Beaumont, du Sanatorium, pratiqua de longues heures la respiration artificielle. Le corps ne put �tre ramen� � la vie.
 Le sixi�me, Dominique Doucy n� le 1er octobre 1889 � Soorts mari�, sans enfants, ne put rejoindre la terre. Dans l'apr�s midi on n'avait pas encore retrouv� son corps.
 Nous avons eu l'occasion de nous entretenir longuement avec les marins de Capbreton, comme avec les rescap�s. Pour tous, ce terrible accident est d� � ce qu'une partie de l'estacade supprim�e par les Allemands, n'a pas encore �t� remise debout, alors qu'une partie de la base existe toujours. L'extr�mit� de cette pointe n'est pas signal�e par un feu. Tromp�s par la nuit et le brouillard, les marins ont accroch�s � cet endroit.
 Les marins ont attir�s notre attention sur la fa�on dont les pouvoirs publics ignorent Capbreton; d'Arcachon � St Jean de Luz, pas un port qui puisse servir de rel�che, alors que Capbreton para�t tr�s bien plac� pour cela. Et pourtant que faut-il ? nous dit-on: reb�tir l'estacade, prolonger la digue sur la rive d'Hossegor pour emp�cher la passe de s'ensabler et Capbreton sera demain un port ouvert � tous les bateaux de p�che. Les avantages sont multiples : d�veloppement de ce port qui ne compte aujourd'hui que 12 bateaux, extension possible des usines, ravitaillement plus abondant sur la r�gion et possibilit� pour les arcachonnais ou les luziens de venir parfois se mettre � l'abri et d�poser une partie de leur p�che.
 Nous d�dions ces r�flexions aux autorit�s comp�tentes, mais nous pensons toutefois qu'il est urgent de prendre d'abord toutes mesures pour aider nos marins � remplir leur dur labeur.
 Cet accident, il est inutile de le souligner, a port� une profonde tristesse dans le port landais, qui depuis dix huit ans n'a connu un aussi grave accident : la perte est importante pour les fr�res Tauzias, le ?SOCORRI II? valait au moins deux millions. Il n'�tait pas assur�.
 Les gens interrogent les survivants encore tout �mus, qui racontent leur tragique odyss�e, et la mer continue mena�ante, � venir frapper l'entr�e de l'estacade.?
 Voila la relation de ce naufrage faite rappelons le par le journaliste de l'�poque Alex Cazalis.
 Mais o� est donc Pierre Napias dans tout cela ?
 Tout simplement sur le ?SAINT ANNE? qui s'est port� au secours du ?SOCORRI II? et dont il est membre d'�quipage. Vous pouvez �tre s�r qu'il n'a pas donn� sa part au chat, lorsqu'il a fallu r�cup�rer les rescap�s. Je le vois comme si j'y �tais, d�menant sa petite carcasse trapue d'un bord � l'autre.
 L'�quipage du ?SAINT ANNE? qui a ramen� sept rescap�s se composait de :


- Blanc Arnaud (patron)
- Delest Victor
- Bellocq Jean
- Napias Pierre
- Beyrie Arnaud
- Dulaurent Robert
- Milocqs Henri
- Bisbau Jean
- le Cleach Joseph
- Lacorne Jean
- Baudonne Alfred
- Courtiau Hippolyte
- Sentout Etienne
- Blanc Etienne
- Dubedout Etienne


 Pierre Napias d�j� plusieurs fois m�daill�, a re�u � l'occasion de ce sauvetage ses �ni�mes lettres de f�licitations et t�moignages de remerciements.

 

 


 

                                  L'�quipage du Saint-Anne lors du naufrage du Socorri II

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


                                                  Pierre Napias honor�


 Son comportement durant la guerre 14-18 qui lui valut le Dipl�me de la Guerre 1914-1918, la Croix de Guerre et cinq d�corations, mais c'est aussi et surtout � Pierre Napias le civil que je m'attache � rendre hommage.
 Ses interventions durant la saison estivale de 1925, alors qu'il est ma�tre-baigneur lui valent la M�daille d'argent du Sauvetage. ou en tant que patron du canot de sauvetage et du ?REN�E? le 11 d�cembre 1929, pour le ?GISSES? et le 26 f�vrier 1930 et le � LUTECE � lui valurent des distinctions aussi nombreuses que vari�es avec en point d'orgue la remise d'une montre en or par le Pr�sident de la R�publique Paul Doumer dans l'amphith��tre de la Sorbonne le 3 mai 1931. Personne n'est au courant tant le personnage est modeste et il faut lui forcer la main pour le faire poser avec ses douze m�dailles devant le photographe avec les autres participants du sauvetage.


                                    


                    Montre en or offerte par le Pr�sident de la R�publique Paul Doumer.


 Ensuite viendra l'intervention sur la plage d'Hossegor lorsqu'il r�cup�re un sujet russe en difficult� le sauvant s'une noyade certaine. Nouvelles distinctions.
 Enfin, c'est le drame du ?SOCORRI II? o� il se distingue en compagnie de ses camarades du ?SAINTE ANNE?. L'�quipage est cit� en bloc, reconnaissance et dipl�me � l'appui. Nous sommes en 1944.

Donc pour �tre plus pr�cis voici la liste compl�te des m�dailles et dipl�mes correspondant � ces faits qui montrent que Pierre Napias est un capbretonnais hors du commun.

Dipl�me de la Guerre 1914-1918
Croix de Guerre plus cinq d�corations.

Pour le civil :
M�daille d'argent 20 f�vrier 1926
M�daille d'or 21 avril 1930
M�daille d'argent 23 mai 1930
M�daille d'honneur 7 ao�t 1930
M�daille de bronze 28 ao�t 1930
M�daille d'or 30 mai 1931
M�daille de bronze 27 d�cembre 1934
M�daille de bronze 15 septembre 1941
M�daille de vermeil 13 novembre 1947
M�daille d'honneur 15 mars 1951
Dipl�me de la Fondation Carn�gie 17 juillet 1925
Dipl�me de la Fondation Carn�gie 11 d�cembre 1929
Dipl�me de la Fondation Carn�gie 26 f�vrier 1930
Plaque de bronze de la Fondation Carn�gie 5 f�vrier 1938
Lettre de f�licitations du 27 janvier 1948
M�daille des Marins du Commerce 15 mars 1951

 

 

                                       

 
Plaque Fondation Carn�gie                                                                   

 

La Vie continue

 

 Pour Pierre Napias toutes ces p�rip�ties font partie du pass�. Le pr�sent est l� avec une famille et des enfants � nourrir Bref rien n'a chang� sinon que, l'�ge aidant, il faut cesser de faire le beau sur la plage, il faut aller au charbon, � la soute, repartir tous les matins � la p�che, seule opportunit� pour arriver � satisfaire le quotidien
 Je ne vous rappelle pas le long parcours de Pierre sur les diff�rentes unit�s qui composent la flottille de p�che de Capbreton, jusqu'� son dernier embarquement, oh combien symbolique, sur le ?PORTE du LARGE?.

         

Le  � Porte du Large �


Et quand Napias se retrouve sur le ?PORTE du LARGE", curieuse co�ncidence, il prend le large par la petite porte lui, le patron, enfilant le bleu de chauffe comme simple matelot. Jusqu'au bout la modestie et l'humilit� habitent cet homme p�tri d'humanit�, de bont�, de g�n�rosit� et de courage.
 Ironie du destin, lui qui s'�tait expos� aux pires tourments de la nature, contre vents et mar�es, l'homme qui avait r�ussi � apprivoiser la mer, � lui arracher plusieurs vies, se voit enlever la sienne et perd pied sur terre dans un banal accident de la route. le 21 mai 1967.
 Capbreton vient de perdre un de ses enfants... et c'est tout.

  


La Re(co)nnaissance


 Bien des ann�es ont pass�, et � l'occasion du 100�me anniversaire de la naissance de Pierre Napias, madame Lassalle sa fille, s'adresse au Pr�sident de l'amicale des Anciens marins et Marins anciens combattants, Monsieur Saldou.
 Elle veut raviver la m�moire de cet homme qu'on a un peu trop vite oubli�. Elle est en cela rejointe par des amis, des associations, jusqu'� Monsieur le Maire, aujourd'hui d�put�: Jean-Pierre Dufau.
 Ce dernier, dans un courrier adress� au Pr�sident des Anciens marins, Monsieur Saldou, �crit:
... c'est bien volontiers que je souhaite vous associer � la m�moire de ce ?h�ros capbretonnais?.
 Pierre Napias vient tout d'un coup de sortir de l'anonymat et ce n'est pas le vibrant hommage qui lui est rendu dans la revue ?Sauvetage? n� 43 de l'ann�e 1992 qui me d�mentira.
 Ainsi on peut lire:
Capbreton : le patron Napias (1892-1967) � l'honneur.
 ?Les traditionnelles f�tes de la Mer de Capbreton qui se sont d�roul�es le 27 juin 1992 ont rev�tu cette ann�e un �clat particulier.
 Monsieur J.P. Dufau, Maire de la ville, renouant avec le glorieux et ancien pass� maritime, avait souhait� rendre un hommage particulier � Pierre Napias qui fut patron du canot ?COLONEL BRUZARD? dans les ann�es trente. Cette ann�e 1992 �tait le centi�me anniversaire de Pierre Napias, un enfant de Capbreton.
 N� dans une humble famille, un p�re p�cheur, une m�re travaillant dans les vignes environnantes, Napias resta toujours un homme simple, modeste, g�n�reux, s'�tonnant m�me qu'on puisse le consid�rer comme un h�ros.
 Un sauveteur, a-t'on dit, est un �tre d'instinct et de courage. Au cours du premier conflit mondial � bord du Jules Michelet, il e�t une conduite exemplaire. Apr�s avoir servi avec honneur, il regagna en 1919 Capbreton, d�cor� de la croix de guerre. D�sormais il pouvait consacrer son existence � la p�che et au sauvetage, �tant de la race de ces grands patrons qui firent l'�pop�e du sauvetage.
 Ses exploits de sauveteur, rapport�s r�cemment dans la revue ?Sauvetage?, lui valurent de tr�s nombreux t�moignages de satisfaction et les plus hautes r�compenses. La m�daille d'Or du Sauvetage lui f�t remise en 1931, dans l'amphith��tre de la Sorbonne, avec une montre en or offerte par le Pr�sident de la R�publique.
 L'Ecomus�e de Capbreton, qui c�l�brait le deuxi�me anniversaire de sa cr�ation, rappelle le souvenir de ce marin de grand courage qui ne pouvait pas voir des hommes expos�s aux plus grands p�rils de la mer sans tout tenter pour aller � leur secours, quels que soient les risques encourus.
 Le dimanche 27 juin 1992, apr�s une messe solennelle conc�l�br�e par Monseigneur Guichement, �v�que de Dax et le P�re Vispalie, cur� de l'�glise St.Nicolas � la m�moire des marins, le Cantique d�di� � la Vierge protectrice des Marins de Capbreton fut repris � pleine voix par l'assistance.
 Puis les autorit�s s'embarqu�rent pour aller porter au large une gerbe � la m�moire des disparus, escort�es par le ?St.NICOLAS?, la nouvelle vedette de sauvetage du port.
 Ces f�tes s'achev�rent en fin de soir�e au Casino. Monsieur Barth�lemy, Pr�fet des Landes, salua en termes chaleureux la renaissance du Port de Capbreton et plus particuli�rement l'activit� de ses p�cheurs en d�clarant:
 ?Vous avez quelque chose de ces p�cheurs japonais modernes qui ont su s'ouvrir au modernisme sans oublier leurs racines.?. Puis J.P.Dufau, citant Albert Camus: ?J'ai grandi dans la mer et la pauvret� m'a �t� fastueuse?, rendit hommage � Pierre Napias en c�l�brant le courage, l'abn�gation et la modestie de cet illustre citoyen.
 A l'issue du vin d'honneur le maire remit un dipl�me d'honneur et une m�daille d'or de la ville � Mmes Griffon et Lassalle, filles de Pierre Napias. Enfin, dans un geste particuli�rement touchant, Melle Pouchucq, de la S.N.S.M. de Capbreton, �pinglait la M�daille de Sauvetage sur le polo du petit Fr�d�ric Veille, arri�re petit fils du patron Napias?.
 Voil� ce qu'on peut lire dans la revue officielle du ?Sauvetage en Mer?.
Glorieux �pilogue qui comble de bonheur sa famille et surtout sa fille ?Mimi? Lassalle qui fr�quente assid�ment l'Amicale des Anciens Marins de Capbreton et qui avait tout fait pour en arriver � cette reconnaissance, car pour elle ?son p�re fait partie int�grante d'une g�n�ration de gens de mer qu'on ne peut laisser plus longtemps dans l'oubli, comme ce f�t le cas de ces poilus de la guerre de 14-18... , que l'on honore sur leur lit de mort?.

 

 Epilogue

 

 Citons Mathias Morhardt � propos des f�tes marquant le bimill�naire de Dax en 1933 :
 ?Il appartenait au port de Capbreton de s'y faire repr�senter (� ces f�tes de Dax) par la meilleure et la plus confortable des unit�s de la flottille. Les Dacquois n'en reviennent pas qu'un gracieux yacht tout pavois� soit venu mouiller devant le parc Th�odore Denis : Le ?NER�A? qui appartient � l'un des conseillers municipaux de Capbreton, Jean Gassan�.
 C'est avec le ?N�REA? que nous devions rentrer � Capbreton (3h.50 de navigation de Dax � Bayonne).
 Nous �tions en de bonnes mains. Le patron du canot de sauvetage, Pierre Napias, tient la barre. On ne se rassasie pas de l'entendre. Sa fantaisie est pleine d'esprit, et du meilleur ; l'esprit gascon que la mer a quelque peu sal�.
 C'est une des bonnes physionomies Capbretonnaises. Il sera la joie du voyage. Et � Sainte-Marie de Gosse, c'est lui qui pr�sidera la table dans la bonne auberge de Mon Plaisir o� l'on cassera la cro�te avec de succulentes tranches de jambon landais cru accompagn�es d'un peu de beurre frais, r�gal in�galable qui ferait la gloire de la table des rois, si les rois pouvaient manger comme on mange dans les auberges landaises?.
 Qui, mieux que Mathias Morhardt, journaliste, �crivain, pouvait nous faire d�couvrir cet aspect m�connu de Pierre Napias ?

 ______________________________________________________________ 

Je remercie : 

   - le personnel de la Biblioth�que Municipale pour son accueil et sa disponibilit�.


   - le personnel de la Mairie qui me ?pr�te? gentiment le passe des Archives Municipales.


   - le personnel des Archives de la Marine de Rochefort.
   
   - et surtout ?Mimi? Lassalle, la fille de Pierre Napias, aujourd'hui d�c�d�e, qui m'a ouvert en grand les portes de l'intimit� familiale et mis � ma disposition une masse de documents sans lesquels cet article ne serait.


                                                                                                   Jean  Lartigue



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