cote sud memoire vive



� D�PART VERS LE R�VE, RETOUR DE L'ENFER �

  Voyages maritimes au temps de la marine � voile ?

 

 

 

Je voudrais citer Andr� Suar�s en introduction : � La mer mod�le les moeurs comme elle fait les rivages. Tous les peuples marins ont du caprice, sinon de la folie, dans l'�me �.

Maintenant essayons d'imaginer, il y a bien longtemps, un fleuve boh�me et infid�le, l'Adour, qui, � Capbreton, traversait des dunes mouvantes que le vent modelait d'un jour � l'autre � sa fantaisie, et venait se jeter sur des c�tes battues par le ressac d'un Oc�an capricieux.
Si l'adage est vrai, combien l'imagination de nos a�euls Capbretonnais devait d�j� �tre vagabonde et fantasque. � La mer mod�le les moeurs comme elle fait les rivages. Tous les peuples marins ont du caprice, sinon de la folie, dans l'�me �?

Ici il s'agit de l'Oc�an, que de tout temps, on a pourtant appel� � la Mer �, une mer nourrici�re, g�n�reuse de ses richesses.
Tr�s t�t, les anciens habitants de ce qui devint Capbreton, �taient des marins aguerris bravant les dangers pour rapporter � terre la multitude de poissons dont regorgeait l'oc�an.
Ainsi se sont forg�es des g�n�rations de marins form�s d�s leur plus jeune �ge.
Mais l'enfant qui apprenait de son p�re l'art de la p�che savait qu'on ne s'aventure jamais loin, et surtout pas � proximit� des �tonnantes cr�atures marines dont, depuis le littoral, on peut observer les mouvements.
Les baleines, terme qui recouvre tout ce que l'on pouvait compter de c�tac�s, et qui �taient aussi bien des orques ou des cachalots, ces � baleines � peuplaient la Mer. Et l'on devait rester � une distance respectueuse de ces monstres marins si l'on tenait � la vie.
En effet, si nos p�cheurs montraient beaucoup de courage en affrontant les �l�ments, il fallut attendre des si�cles pour qu'ils acqui�rent des moyens techniques permettant d'affronter, en pleine mer, d'aussi grandioses cr�atures. Rappelons qu'une baleine dite de Biscaye, mesurait de 15 � 18 m�tres. Il �tait, bien sur, impensable de s'en approcher avec nos barques de p�che. Les plus hardis qui avaient essay� de se hasarder � harponner une baleine, avaient tous vu leur navire fracass� par la queue de la baleine et beaucoup n'en �taient pas revenus.
Nous ne poss�dions pas les moyens techniques pour affronter, dans un univers hostile, des cr�atures aussi gigantesques
En revanche c'�tait un don des Dieux lorsqu'un c�tac� s'�chouait sur le littoral, comme d'ailleurs chaque fois que l'on pouvait recueillir sur le sable des �paves de navires ou une partie d'une cargaison. Cela donnait lieu � une rude effervescence.
Et d'autant plus lorsqu'une baleine s'�chouait, car c'est alors toute la population qui s'agite puisque cela repr�sente de la nourriture pour tous. Et puis dans la baleine, comme dans le cochon, tout est bon ! la langue, le lard, la graisse dans laquelle on peut faire cuire le lard (et c'est peut �tre l'origine de notre confit ?). Jusqu'au squelette du c�tac� qui peut servir � la construction des habitations.
Donc chacun s'affaire pour d�pecer et couper le lard, surtout par temps chaud, car tr�s vite l'odeur exhal�e couvre totalement celle des ?illets des dunes ou celle des immortelles. Lorsque le travail est termin�, les d�chets jet�s � la mer attirent les petits poissons et c'est encore la promesse de p�ches miraculeuses dans les filets.
Puis, petit � petit on voit les habitants de Capbreton am�liorer leurs techniques de navigation, de construction navale, et leurs techniques de p�che. On commence � r�ussir la chasse � la baleine en mer. Les premi�res mentions de cette chasse dans le Golfe de Gascogne remontent autour de l'an mille.
Que s'est-il pass� ? Eh bien, on se souvient de l'�tude de M Jo�l Supery : les Vikings sont arriv�s � Capbreton aux alentours de cette �poque. Ce sont les rois des mers, ils poss�dent des techniques de construction inconnues, des techniques de p�che �prouv�es.
Apr�s des relations plus qu'orageuses au d�part avec la horde barbare et cornue, celle-ci va s'implanter chez nous, � notre embouchure, prot�g�e par cette fosse sous marine que nous appelons le � Gouf � et que l'on appela � Boucau de Diou �. Les Vikings rest�rent plus d'une centaine d'ann�es dans ce lieu privil�gi�. En fait, il y a dans notre histoire un � trou noir historique � de pr�s de 142 ann�es.
Et c'est l� que toute la vie des Capbretonnais semble changer.
Comme envahis et envahisseurs, ont pour seul horizon la mer, les Vikings vont transmettre une partie de leur exp�rience et de leurs connaissances dans l'art de la navigation. Les bateaux seront construits plus grands, plus solides et, � leur exemple, on va concevoir que le terrible Oc�an puisse �tre affront� pour traquer et harponner la terrible baleine.
Et d�s lors, Capbretonnais et � Basques �, que l'on englobait dans le m�me qualificatif, vont se tailler une r�putation d'exploreurs des mers. Ils ont continu� � se montrer pleins de hardiesse, d'audace, de bravoure, et Dieu sait qu'il en fallait.
Et ils �taient port�s par le r�ve de domination de ces �normes esp�ces marines en pleine mer, car elle repr�sentait la fortune assur�e. D'autant que, pour l'Eglise, tous les c�tac�s sont consid�r�s comme des poissons et peuvent �tre consomm�s pendant les jours maigres. Et il y a 40 jours de car�me, la veille des f�tes religieuses, le vendredi et le samedi. On a compt�, suivant les papes, plus de 100 � 140 jours par an d'abstinence de viande, et notre �conomie c�ti�re prend donc une �norme ampleur. A chaque d�part l'opportunit� d'une vie nouvelle se dessine et chaque d�part est charg� d'espoir et de r�ves de fortune.
Malgr� le p�ril incroyable, la lutte contre les �l�ments et les monstres marins devient, d�s lors, presque un sport, mais combien excitant !
Les efforts que doivent fournit les rameurs pour franchir les vagues d�ferlantes et approcher des baleines sont terribles. Quant aux harponneurs, ils sont choisis, bien s�r, parmi les plus hardis et les plus exp�riment�s des matelots, mais que leur travail est p�nible et dangereux. Il leur faut en m�me temps audace et prudence.
Rendus furieux par la blessure du harpon mal plac�, les cr�atures marines prennent leur course et entra�nent tout derri�re elle, souvent elles lancent l'embarcation en l'air et les chaloupes n'y r�sistent pas. Sur la dune o� l'on suit toutes les p�rip�ties, on esp�re toujours que quelques marins seront rejet�s vivants au rivage au milieu de l'�cume et de flots de sang.

 
Mais comme � l'�chec est le fondement de la r�ussite �, avec l'observation et l'exp�rience, les marins qui ont �t� forg�s ainsi sont devenus hors pair. Et cette chasse va peu � peu devenir monnaie courante.
Pourtant rien n'est �ternel. La baleine sera tellement traqu�e qu'elle va se rar�fier vers la fin du XIV�me si�cle et elle va s'�loigner de plus en plus de ses chasseurs.
Alors vont s'ouvrir des horizons inconnus � nos marins. En effet il ne leur reste plus maintenant qu'� suivre la baleine dans ses p�r�grinations avec des bateaux de plus en plus lourds.
Seulement, jusqu'� la fin du XVIII�me si�cle l'une des difficult�s majeures de tous les navigateurs sera de trouver le chemin sur la mer.
Beaucoup d'erreurs seront fatales et il est plus raisonnable de suivre les courants. C'est d'ailleurs ce que fait la baleine qui remonte vers le Nord. A sa poursuite, nos marins vont d�couvrir les mers polaires, et apr�s des �tapes en Norv�ge, en Islande, au Groenland ils trouveront un point de chute au large de Terre-Neuve dans une �le qu'ils appelleront Capbreton, du nom de leur port d'attache. La tradition rapporte que cet abordage sur les rivages des Terres Nouvelles se fit cent ans avant que Christophe Colomb ne d�couvre officiellement ce qui deviendra plus tard l'Am�rique.
Cette premi�re d�couverte �tait le fruit d'exp�ditions discr�tes et non sponsoris�es. Et les p�cheurs gardaient le secret des routes utilis�es. Il faudrait �tre na�f pour en rechercher des feuilles de route.
A leur retour ces hommes rudes et qui sentaient la mar�e, le goudron le tabac et que sais-je encore, qui avaient v�cu des heures terribles, ne voulant pas effrayer les femmes et les enfants, oubliaient de d�tailler leur vie rude dans les mers froides et dangereuses et cette terrible menace de mort permanente que les terriens n'imaginent m�me pas.
A leur retour, ces rescap�s vont conter des histoires fantastiques qui vont nourrir les imaginations et �merveiller l'auditoire. Les nouveaux d�couvreurs font r�ver sur des images de milliers de baleines qui soufflent. Ils parlent de chasses aux grands cachalots blancs dont le cr�ne peut contenir jusqu'� 5 tonnes de � blanc de baleine �, pour produire les plus belles chandelles, et amener tant de richesse. Et puis la baleine blanche qu'ils ont d�couverte l� bas et qui peut atteindre jusqu'� 35 m�tres de long avec une langue de huit m�tres de longueur sur quatre, (c'est du moins ce qu'�crit Paul M�gnin, r�f�rence difficilement discutable puisqu'elle �mane du sp�cialiste de la chasse, du gibier et de la faune en g�n�ral).
Le voyage jusqu'aux bancs de Terre-Neuve est long et nos registres d'�tat civil nous citent une kyrielle de Capbretonnais qui ne sont jamais revenus du voyage
Par exemple en 1649 Saubat de Casaunau, allant � Terreneufve a p�ri avec son �quipage et ce sont 20 marins capbretonnais que l'on va pleurer.
Et Fran�ois Lafargue, Bernard d'Espagne, Etienne de Balanquer, Jean Mongruer, retournant de Terreneuve, etc.
1676 Etienne de Balanquer, d�c�d� allant � Terre-Neuve 1674 Jean de Pilon 14 ans mort sur mer allant � Terre-Neuve, ?
Et malgr� la succession des d�sastres, le r�ve sera toujours l�.
Puis le rythme de la vie va se calquer sur celui des campagnes de p�che. Avec d'autant plus d'int�r�t que l'on ram�ne des contr�es froides, un poisson jusque l� inconnu chez nous : la morue. On a appris aupr�s des indiens autochtones de l'Ile de Capbreton, les Micmacs, la mani�re de la conserver sal�e et elle supporte les longs voyages.
Chaque ann�e ce sont de plus en plus de campagnes de p�cheurs morutiers et baleiniers, souvent arm�s pour une p�che mixte qui partent de Capbreton et de Bayonne en direction de Terre-Neuve ou de l'Islande pour de longues campagnes.
Et d�s les premi�res d�cennies du XV�me si�cle, c'est la p�che � la morue qui devient pr�pond�rante
Les armateurs et les capitaines n'ont, semble-t'il, pas trop de difficult� � recruter des �quipages. Il s'agit en grande majorit� de jeunes gar�ons ruraux, qui veulent un avenir meilleur et qui ont, en g�n�ral, douze ou treize ans.
A l'origine des rafles �taient organis�es dans les villages environnants.
On trouve dans les Registres Fran�ais de Bayonne le texte suivant :� Il est propos� aux capitaines de Bayonne, d'envoyer au voyage de Terre-Neufve, les jeunes enfans mendians et courant par les rues � demander l'aum�ne et, par ce moyen de les tirer de ladite oisivet� et b�litrerie. �
A l'entr�e de l'hiver, les patrons de morutiers feront le tour des auberges � la recherche de jeunes paysans
L'accord se conclue g�n�ralement, devant un pot de piquette avec, en prime, un petit acompte en esp�ces sur le montant des p�ches � venir. Plus un cir�, une couverture de laine et une paillasse. Et comme le futur matelot ne savait g�n�ralement ni lire ni �crire, le contrat �tait sommaire mais on lui promettait beaucoup d'argent et des p�ches miraculeuses.
Le pauvre gosse enr�l�, entour� de gamins de son �ge va partir en chantant car c'est ainsi, bien souvent, que se font les pr�paratifs de l'embarquement. Il pense avoir la vie bien plus douce sur un morutier que sur un baleinier puisqu'une morue �a ne se d�fend pas et �a n'attaque pas le p�cheur.
C'est � bord seulement qu'il d�couvrira l'enfer de la � grande p�che � p�nible et dangereuse et il comprendra pourquoi tant de marins n'en sont jamais revenus.
D'abord, il d�couvre les canons. En effet, l'ins�curit� des mers oblige tout morutier, et tout baleinier � s'armer de canons pour se d�fendre des pirates. Puis il y a le mal de mer des premi�res houles, les coups de mer, les temp�tes, les rafales de vent encore plus pr�s du qui s'engouffrent dans les oreilles, qui font crisser les cordages et r�sonner les haubans.


Ii d�couvre les icebergs, les chutes par dessus bord en arrimant les voiles, etc. C'est un tr�s dur apprentissage et il a t�t fait d'apprendre la discipline � coup de bottes dans le dos.
Et pourtant il va continuer � chanter, des chansons � virer, des chansons � hisser ; quant il s'agit de hisser les voiles on s'aper�oit qu'elles sont lourdes et qu'il y en a beaucoup ?
Puis il arrive enfin sur place et on l'embarque sur une petite chaloupe, comme celles avec lesquelles on harponne la baleine. On sait que si la p�che est bonne, le salaire est bon, si la p�che est mauvaise, on gagne tr�s peu d'argent. On est pay� au rendement et les conditions de vie seront terribles. Il faut du courage et il en a.
Lorsque les chaloupes reviennent au voilier, charg�es de morues, il arrive qu'un �pais brouillard emp�che de retrouver le navire, et l'aventure est termin�e. Pour d'autres, un poids trop important de la p�che fait couler la petite embarcation.
Puis c'est l'accostage du voilier. Il faut alors d�charger � un rythme effrayant, piquer les morues, les jeter dans le bateau, puis, � la m�me cadence on ira �t�ter le poisson et le pr�parer. Le travail est non-stop, de la pointe du jour � la tomb�e de la nuit. C'est infernal.
La seule journ�e de repos � laquelle on a droit dans l'ann�e, c'est le jour de la f�te de la Vierge, le 15 ao�t. Comme on comprend combien la Pi�ta du XV�me si�cle que l'on admire dans notre �glise, a pu �tre v�n�r�e par tous nos marins.
Quant � la vie � bord, en dehors du travail on a juste le temps de manger et de dormir. La nourriture est monotone : rata de t�tes de morues, am�lior� de haricots, rata de t�tes de morues, am�lior� de pois ou autres l�gumes secs et dans lequel on trempe des biscuits. L'eau est elle-m�me, on s'en doute, de qualit� douteuse.
En d�pit des souffrances, malgr� les successions de d�sastres, chacun r�ve de fortune et la ru�e vers la morue, s'amplifie.
Apr�s toutes ces �preuves, c'est parfois en longeant le littoral, presque en vue du port, que l'on peut �tre encore victime d'un naufrage.
Et cependant des bateaux de plus en plus gros qui prennent la mer. Capbreton est d�s lors connu sous le nom de � ville aux cents capitaines � et cela dura longtemps encore apr�s le d�tournement de l'Adour en faveur de Bayonne en 1578. Une prosp�rit� due aux producteurs de capiteux vins de sable, aux produits de la for�t environnante (li�ge, r�sine, poteaux et planches de pin ?) aux p�cheurs, aux n�gociants qui, gr�ce � la morue s�ch�e, obtenaient une monnaie d'�change. La cargaison de morue s�che est ensuite livr�e dans les ports du sud de la France ou en Espagne.
Sur un morutier, les soins qui priment sur tous les autres, sont ceux que l'on apporte � la morue pour son traitement. Et ce qui compte le moins sur ce m�me navire c'est l'hygi�ne de l'�quipage et elle est d�plorable.
Le poste d'�quipage est en m�me temps dortoir, r�fectoire, fumoir o� chacun entasse ses hardes aux dires de tous, il est d'une salet� innommable car on n'a pas le temps mat�riel d'y faire du m�nage et il s'en d�gage mille relents naus�abonds
La sant� des hommes d'�quipage s'en ressent, bien s�r, ainsi que leur moral.
Pendant longtemps la notion d'hygi�ne et de contagion est mal per�ue. Par exemple, en1589 la peste est � Capbreton. Les Bayonnais interdisent th�oriquement l'entr�e de leur ville, mais des marins engag�s partiront cependant en campagne de p�che � Terre-Neuve. Et la maladie continue ses ravages.
C'est � une autre maladie inconnue et abominable que le jeune embarqu� va, au bout de quelques semaines, �tre confront�. Cette maladie, le scorbut, appara�t seulement lors des voyages au long cours. Nous savons maintenant que le marin priv� de l�gumes et de fruits est en manque de vitamines. Pendant trois si�cles, le scorbut va tuer, disent les statistiques, plus de matelots que la tuberculose, la malaria, la fi�vre jaune, la syphilis et m�me les guerres anglo-franco-espagnoles r�unies. Le malade pr�sente des l�sions innombrables et spectaculaires, une odeur f�tide, des oed�mes, des atteintes des gencives avec les dents qui tombent, des escarres, des h�morragies, et j'en passe, jusqu'� la mort.
Or l'explication des m�decins de l'�poque est que ce fl�au est d� soit � l'air marin, ou � l'humidit� du bateau, aux odeurs, ou au sel servant � conserver les poissons. La preuve en est, disent-ils, que lorsqu'on fait escale, la maladie r�gresse. Et pour cause puisque la nourriture devient vari�e avec des produits frais.
Et pourtant, d�j� � l'�poque de Christophe Colomb, on racontait que des marins malades du scorbut furent abandonn�s sur une �le des Cara�bes. Ils surv�curent en mangeant des fruits et quand plus tard, ils furent recueillis par un bateau portugais, leurs sauveteurs furent si �tonn�s de cette gu�rison miraculeuse qu'ils donn�rent � l'�le, le nom de Cura�ao, c'est-�-dire " Gu�rison ".
Mais en 1779, encore, le scorbut d�cime l'�quipage de d'Orvilliers, un compagnon du chevalier de Borda.
� Bougainville, lui aussi un ami du chevalier de Borda, se trouvant � cours de vivres alors qu'il faisait le tour du monde. Bouganville fit manger une grande quantit� de rats � ses hommes, ces rats qui grouillaient dans le navire et avaient tout d�vor�. Or une particularit� tr�s �tonnante du rat est qu'il fixe dans son corps la vitamine C. Et donc, cette consommation intensive de rats leur a sauv� la vie et a permis le succ�s du voyage.
Et puis il y avait aussi cette maladie dont personne ne veut revendiquer la paternit�, que les Fran�ais appellent le Mal de Naples, que les autres appellent le mal gaulois. Et elle pouvait mettre � mal tous les matelots d'un m�me navire. C'est ce que l'on trouve dans le rapport d'un capitaine de navire anglais � son armateur. Il lui explique le mal arriv� � son �quipage et il en semble d'autant plus choqu� que m�me le petit mousse de quatorze ans a �t� atteint !
Cette maladie de Cupidon : la syphilis a d� �tre ramen�e en France par les marins de Christophe Colomb
C'est un pr�t� pour un rendu ! De nombreux Indiens sont morts � cause des microbes et des virus europ�ens export�s en Am�rique. Ceux-ci disaient � Partout o� l'Homme Blanc passe, la mort suit de pr�s �.
Et les commerces � longues distances continuent de s'organiser sur toute la plan�te Les �changes commerciaux se multiplient. .
On pourra raconter son bizutage au passage de l'Equateur, comme, plus tard celui du doublage du cap Horn, le cap des temp�tes.

Le commerce de la pelleterie s'instaure avec le Canada, le castor am�ricain devient tr�s � la mode.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Notre ville peupl�e de marins, de n�gociants et d'armateurs tire donc sa prosp�rit� et sa richesse des p�ches lointaines (morue et baleine de Terre-Neuve, touil des c�tes africaines) et surtout du commerce florissant vers l'Espagne, le Portugal, les Flandres ou la Hollande de ses r�put�s et capiteux vins de sable et des produits de la for�t environnante (li�ge, poix, r�sine, planches de pin).
Mais en 1578, apr�s de gigantesques travaux, l'ing�nieur Louis de Foix a bien d�tourn� l'Adour au "Boucau Neuf". Cet, �v�nement a entra�n� la perte irr�m�diable de l'embouchure de Capbreton, mais elle se fit au cours du temps et si nos navigateurs se sont d�plac�s sur Bayonne pour leur travail, les familles de nos marins sont souvent indistinctement de Bayonne ou de Capbreton et ils sillonnent toutes les mers..
Nous trouvons en 1674 Sabat Doroc, mort sur un vaisseau allant aux Indes et beaucoup d'autres encore..
Puis ce sont les produits antillais, surtout le sucre et le caf�, qui sont tr�s recherch�s et associ�s � la colonisation.
Et l� c'est une autre aventure.
Prenons l'exemple de la Martinique : au d�but du XVII�me si�cle, il n'y a pas de noirs � la Martinique, seulement des colons �pris d'aventure qui veulent s'enrichir par la culture du coton, des �pices, de l'indigo et du tabac.
C'est lorsqu'on y am�ne quelques plants de canne sucre en 1639, plants qui prosp�rent si facilement qu'il faudra de plus en plus de main d'?uvre pour permettre d'exploiter sur une plus grande �chelle la canne � sucre, et toutes les autres cultures.
On se souvient de la communication qu'a faite M.Jean Lartigue dans le cadre de l'association � Cote Sud m�moire vive �, sur un Capbretonnais n�grier � la Guadeloupe � Dominique Murat �. L'attrait de nouvelles richesses fascine les navigateurs.
Quant � nos futurs marins, il faut savoir qu'ils s'engageaient sur un bateau un peu par hasard.
Un petit mousse engag� sur un voilier en direction des Antilles va r�ver du � voyage triangulaire � qu'on lui propose. Regagner des �les paradisiaques puis aboutir au Nouveau Monde, l'Am�rique. C'est inesp�r�.
Avec entrain il charge les armes, l'alcool, les tissus, la pacotille, que l'on �changera en Afrique contre du � bois d'�b�ne � � transporter aux Iles. Si le navire arrive � amasser beaucoup de denr�es tropicales, ils auront tous un petit suppl�ment. Cela ressemble fort � un voyage d'agr�ment.
Les armateurs sont, au d�part, pr�ts � certaines largesses. Sur le papier les calculs leurs permettent un placement all�chant au rendement de 3 � 400%...
C'est seulement pendant la travers�e que notre mousse d�couvre la signification du � bois d'�b�ne � transport� � la derni�re �tape, terme pudique pour parler d'une d�portation de noirs amen�s en esclavage.
Au cours de cette exp�dition cruelle le moral des hommes se d�t�riore il y aura souvent des mutineries de l'�quipage et �norm�ment de d�sertion avec des cons�quences graves pour les familles des d�serteurs qui �taient poursuivies.
C'est probablement pour cette raison que le salaire est vers� en 2 fois. La moiti� au d�part et le reste au port de d�barquement.

Et si l'on quitte le bateau pour un navire marchand, le calme ne sera pas non plus de la partie
On y trouve des mutineries toujours, des naufrages, on risque fort �tre victime des pirates et l'on peut, soi-m�me devenir un esclave.
En 1653, M. Vincent de PAUL paye la ran�on de quatre capbretonnais aux mains des pirates d'Alger Il �crit le 17.10.1653 pour que soient d�livr�s BEAUREGARD, DESENE, CAMPAN et DOUSLIEUX.
Le 6.10.1662 Une d�claration des R.P.Michel AUBRY ET PIERRE RICAUDON (religieux N.Dame de la Merci � Bordeaux pr�cise qu'ils ont rachet� � Louis SIQUART, chancelier du Consulat d'ALGER, Vidal DESCLAUX, esclave de Capbreton, pour 39 piastres 1/2.( Bull.St� SLA Bayonne. 1840 p.214).
1676 Etienne BALANQUER, "28 ans, esclave � Tripoly";
1679 Etienne BATAILLER, "13 ans, esclave � Maroc"; Joseph DANGOU, "mort �
Marroque en Barbarie".
Pirates, nous l'�tions nous-m�me � l'occasion. les pirates et les corsaires sont aussi vieux que le commerce, et tr�s intimement li�s au trafic maritime La course permet seulement d'attaquer et de piller les navires ennemis au nom du roi de France et non pour son compte personnel comme le font les pirates.
Mais, la nature humaine �tant ce qu'elle, et le roi d�sargent� �tant peu g�n�reux, il arrivait que pillages et ventes frauduleuses de cargaisons enti�res soit faites sans publicit�.
(D'apr�s Pierre Berthomme, dans une �tude pour l'universit� d'Ottawa.)
Un chroniqueur de G�nes racontait d�j� en 1304: ..."des gens du golfe de Gascogne (c'�tait nous),sont pass�s par le d�troit (de Gibraltar) avec des navires appel�s coques et ils pill�rent nos vaisseaux en causant des d�g�ts".
Le plus c�l�bre de nos pirates Menjonyn de Lacabane avait 45 ans de navigation lorsqu'il se retire � Capbreton en 1552 avec une lettre de r�mission du Roi, six mois apr�s son arrestation par l'Amiraut�. Il avait en effet achet� � son compte un canon � Bordeaux et arm� un navire flibuster avec lequel il a multipli� les attaques et les pillages. Le Roi lui pardonna mais ne lui donna plus de lettre de course.
Ne faisions nous pas d�j� un travail de pirates lorsque, pour attirer un bateau vers notre rivage nous faisions passer sur la dune un couple de b?ufs portant entre les
cornes un br�lot, pour faire croire qu'il s'agissait d'une c�te habit�e, avec l'espoir de le voir s'�chouer ou se briser et pouvoir le piller ensuite.
Quoiqu'il en soit, le commerce en temps de paix est florissant. Mais, lorsque nous sommes en guerre avec l'Espagne, le Portugal, l'Angleterre ou les Pays-Bas ?
Alors, ces guerres perturbent totalement les carri�res des marins. Les bateaux de commerce ou de p�che se transforment en navires corsaires avec des lettres de course, au service du Roi. Les boulets pleuvent, mais on r�ve de prises qui apporteront la gloire.
La fortune dont on r�ve �tait tr�s peu souvent au rendez-vous. Au mieux on ramenait un perroquet ou des graines de palmiers ou un coquillage �b�nitier �, comme nous en avons dans l'�glise qui attestaient que les voyages dont on revenait �taient charg�s d'exotisme
Un des bateaux corsaire les plus renomm�s de Capbreton fut le " Constant �  qui portait 24 canons et 350 hommes.
Et nos marins payent leur tribut :
1668 Minjoulet St Martin, tu� d'un coup de canon
1680 Bernard d'Espagnet, tu� d'un coup de canon sur la fr�gate � l'Amazone � command�e par Bertrand de Cabarrus, capitaine, dans un combat contre un navire hollandais.
1690 Alexandre de Balanqu� tu� d'un coup de canon en se d�fendant contre un corsaire
espagnol qui l'attaqua � la hauteur de Biarritz. Il revenait de Terre-Neuve. Etc.
Et gare si l'on tombe prisonnier aux mains des Anglais et qu'on se retrouve entass� avec des milliers d'hommes sur un de ces fameux "pontons" anglais, de sinistre m�moire.
Un lieutenant au 45e r�giment d'infanterie de ligne, rescap� de cette d�tntion �crit dans ses M�moires : � les corps d�charn�s, les figures h�ves, les esprits affaiblis, les �mes � demi �teintes de ceux qui , apr�s cinq, sept, neuf ann�es, eurent le bonheur tardif de revoir leur patrie, ont assez montr� � leurs compatriotes quels horribles tourments ils avaient subis."
Dans cet enfer vont vivre et mourir des Capbretonnais : Pierre de Laparade en 1688, Jean de Lagaillardie en 1704 et une dizaine de nos compatriotes en 1748
Cette guerre de course n'�tait qu'un exp�dient mais aussi un compl�ment indispensable � la Royale, corps prestigieux, bien codifi�, dont la discipline et la valeur militaire devint un exemple pour tous. Les autres pays devant compter avec la puissance navale de la France.
Malheureusement une belle marine co�te cher et c'est pour cela que l'on a vu arriver en lice nos
corsaires, au nom du Roi, la Royale ne suffisant plus aux besoins pendant les conflits.
Puis ce fut la R�volution de 1789 qui va d�sorganiser compl�tement la marine, priv�e de ses officiers exp�riment�s, la plupart nobles, qui ont �migr�.
Et l'on d�serte de plus en plus. Or un d�serteur �tait condamn� � la course de bouline
Cette peine consiste � faire traverser le condamn� entre deux haies de marins le frappant avec des boulines, qui sont des cordes tress�es, servant initialement � tenir une voile.
La Marine ayant trop besoin d'hommes � bord de ses navires, il ne devaient pas �tre frapp� � mort (bien que ce soit la peine th�orique appliqu�e au d�serteur en temps de guerre).
Le maximum des courses de boulines �tait de trois et le maximum des hommes qui infligeaient cette peine corporelle �tait de trente.

Nous avons parl� d'une �poque, o� la marine �tait � voile Avec l'arriv�e de la vapeur, des moteurs on a pu parler de � la croisi�re s'amuse � mais on ne supprimera pas les temp�tes ou les erreurs de navigation, l'ombre du Titanic plane toujours.
Et celle de l'Erika, des d�gazages sauvages, des rejets toxiques, et la piraterie existe toujours, l'actualit� en fait foi.

A l'�poque de la marine � voile, la vie �tait plus compliqu�e, dangereusement et durement gagn�e, mais on ignorait les quotas, l'homme �tait libre et respectueux des oc�ans qui le nourrissaient.
Nous aurons une pens�e pour tous ces gar�ons qui ont travaill� sur toutes les mers, y ont v�cu dans le bonheur et l'espoir, dans la souffrance aussi, qui ont appris que sur l'Oc�an on r�ve souvent de la terre ; et une pens�e aussi pour ceux qui y sont morts, souvent jeunes, mais qui, contre vents et mar�es, ont d�ploy� des tr�sors d'h�ro�sme.
Je vous invite � aller lire ou relire, maintenant avec plus d'attendrissement, les plaques qui tapissent les murs du porche de notre �glise. Relire ces nombreux noms grav�s de marins natifs de Capbreton qui ont p�ri, souvent bien loin de leur port d'attache. Ils n'ont pu reposer � l'ombre de leur clocher ainsi que beaucoup, beaucoup d'autres, que l'on retrouve dans nos registres !
Ce modeste expos� est un hommage que nous leur offrons.
                                                     Anne-Marie Bellenguez. Capbreton 17 avril 2009



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