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Histoire locale : LA REVOLUTION

La DEPORTATION et l'INTERNAT des BASQUES � CAPBRUTUS, (ci-devant CAPBRETON )

                                                                 

L'histoire ne peut se conter sans tourner une page peu glorieuse et peu connue : celle o� certaines �glises des Landes et d'Aquitaine servirent de prison et de mouroir � des "Basques reclus".
Comment en est-on venu l� ?

Nous sommes en 1793, (an II), en une �poque o� les th�oriciens fanatiques de la Nouvelle Patrie, de la R�publique, aspirent � de grands changements.

D'abord, s'instaure le surprenant calendrier r�volutionnaire auquel la majorit� de nos anc�tres  ne s'habituera jamais. Par exemple, � Capbreton, on a invers� sur le cahier de d�lib�ration pendant tout un mois les dates du calendrier sans m�me s'en apercevoir.!

Les communes sont affubl�es de qualificatifs "montagnards" qui, eux non plus, ne rentreront jamais dans les moeurs. Capbrutus pour Capbreton, Thermapyles pour Ba�gorry, Marat dur Nive pour Ustaritz ou Chauvin-Dragon pour St Jean de Luz !

De plus il a �t� d�cid� l'uniformisation de tous les Fran�ais. Pour cela il faut s'attacher � faire dispara�tre toutes les particularit�s r�gionales, au grand dam de nos campagnards fran�ais attach�s � leurs caract�ristiques.

La grande id�e sera la suppression des langages obscurs, des idiomes barbares, incapables par d�finition de diffuser les id�es de progr�s et de lumi�re.
Les difficult�s seront �normes, face � l'incompr�hension de la grande masse de nos concitoyens des campagnes qui opposeront � tous ces bouleversements  un manque d'int�r�t certain. Et c'est � grand renfort de proc�s verbaux, de rapports, de menaces envers "tous ceux qui aiment peu la R�publique", que les fondateurs des "Comit�s de surveillance" essayent d'animer le z�le r�volutionnaire, se heurtant souvent � la force d'inertie d'un civisme oblig�.

Tr�s pr�s de nous, et plus encore que pour les Gascons, c'est pour le peuple basque que les difficult�s seront les plus grandes car celui-ci va se trouver particuli�rement en porte � faux.

Que demande-t'on, en effet au "bon citoyen basque ?" ...Rappelons quelques n�cessit�s de base:

Sous l'impulsion de l'abb� Gr�goire, l'Assembl�e Constituante ordonnera le 14 janvier 1790 l'abandon de la langue, "l'euskera", v�hicule de la superstition. Alors que,  en 1789, les cahiers de dol�ances ont revendiqu� haut et fort ce privil�ge, demandant que l'enseignement des instituteurs ou pr�tres ne soient effectu�s que dans leur langue, sp�cifiant qu'ils ne pouvaient �tre que des naturels du pays.
Comme il faut aussi ob�ir � la Constitution Civique du clerg�, les ci-devant catholiques ne doivent plus suivre les "cur�s r�fractaires" cequi est tr�s mal v�cu par la population. Circonstance aggravante au Pays Basque, ces cur�s r�feactaires s'y intitulent les "Contrebandiers de la Foi" et s'obstinent � passer clandestinement d'un versant � l'autre de la montagne pour servir leurs ouailles desdeux cp*�t�s du versant des Pyr�n�es. Pourtant la guerre franco-espagnole exige la fermeture de ces fronti�res o� l'on se bat. Les relations permanentes des Basques, qu'ils soient Fran�ais ou Espagnols, ne doivent, plus �tre pyr�n�ennes.
On annonce aussi que les lois locales et les particularismes des successions sont balay�s, qu'ils doivent sacrifier la sacro-sainte Maison Basque, pr�serv�e depuis des si�cles, qui sera d�sormais r�partie en parts �gales entre tous les enfants, comme il convient de faire dans un esprit de libert�, d'�galit� et de fraternit�. Bref, les Basques, visc�ralement attach�s � leur patrimoine et leurs particularismes,  � la Royaut�, (aucun des d�put�s des Basses Pyr�n�es ne votera la mort de Louis XVI), au Catholicisme aussi, sont, de prime abord, consid�r�s avec m�fiance comme pouvant constituer une opposition aux lois de  la R�publique.

De fait, d�s l'annonce de l'abolition des privil�ges de la nuit du 4 ao�t 1789, les Labourdins protestent et r�digent un m�moire � l'adresse de l'Assembl�e. Ils tiennent trop � leurs propres privil�ges !
Un coup de gr�ce sera l'organisation des d�partements, le 22 d�cembre 1789, cr�ant un seul d�partement des Basses Pyr�n�es, r�unissant le B�arn, la Soule, la Basse-Navarre, le Labourd et Bayonne, contre l'avis des habitants, qui craignent l'obstacle des langues.

 

Les libert�s r�elles des Basques, leur originalit�, leurs aspirations se trouvent donc bafou�es. De nouvelles protestations n'auront pour effet que de les d�consid�rer aux yeux des Parisiens qui entament une campagne de presse, accusant les Basques fran�ais d'�tre "d'une stupide ignorance et de manquer d'honneur patriotique."
Et � Saint-Jean de Luz, maintenant appel� Chauvin-Dragon, la minorit� des nouveaux notables fait chorus et se distingue par sa virulence.

Comme dans le reste de la France le peuple n'accepte pas de remplacer le dimanche par le decadi, et de travailler 9 jours d'affil�e au lieu de 6.

Pourtant remarquons que les jeunes basques forment une arm�e qui s'est sinal�e par sa bravoure dans la r�gion frontali�re, th��tre d'op�rations militaires d'envergure. Les Chasseurs Basques, organis�s par les repr�sentants de la Convention, Pinet et Cavaignac et qui sont la base de cette arm�e des Pyr�n�es Occidentales, se battent avec h�ro�sme. Leurs succ�s, sont dus au fait qu'ils ont conscience de se battre contre les Espagnols pour d�fendre la patrie basque. Et c'est la coh�sion des Basques par del� les montagnes qui est une explication � cette premi�re ardeur. Le Basque est sur son terrain, ob�it � ses chefs, eux-m�me basques, (le g�n�ral Harispe est tr�s populaire).

Mais assez vite, voyant la guerre s'�terniser, les cultures d�p�rir, l'h�ritage se ruiner, ils perdent de leur ardeur.
C'est ainsi qu'on peut lire dans le registre des d�lib�rations de Chauvin-Dragon, (Saint-Jean de Luz) � la date du 25.11.1793, (5 frimaire an II), une d�nonciation accusant la ville de Sare.

Cette accusation constate le fait que beaucoup d'�migr�s voulant passer en Espagne, font halte � Sare o� ils trouvent par tradition un tr�s bon accueil.

"L'Assembl�e, consid�rant que la commune de Sare a constamment manifest� la haine la plus marqu�e contre la R�volution, que cette commune n'est habit�e que par des aristocrates, qu'�tant ouverte de tous les c�t�s, ses habitants et tous les tra�tres qui s'y r�fugient communiquent et avec la R�publique et avec ses ennemis. Qu'il est certain par tous les rapports des d�serteurs que tous les espions du satellite du despote espagnol passent presque tous par Sare et que c'est de l� qu'ils re�oivent tous les avis,. Que l'incivisme des habitants de cette commune doit lui attirer l'animadversion de tous les patriotes et la vengeance r�publicaine. Qu'il est dangereux de laisser dans ses environs des individus si corrompus et qui, par la connaissance des localit�s, pourraient encore entretenir leur criminelle liaison avec l'Espagne.
"Arr�te que les repr�sentants du peuple, puis l'arm�e des Pyr�n�es Occidentales, seront invit�s � faire effectuer, dans le plus court d�lai possible, l'�vacuation totale de la commune de Sare en envoyant les laboureurs dans les d�partements du Lot et du Lot et Garonne, les marins et les charpentiers sur les vaisseaux et dans les chantiers de la R�publique; les artisans dans les communes d'Auch et Condom; � d�poser les vieillards et les infirmes des deux sexes, ainsi que les enfants hors d'�tat de travailler, dans les maisons nationales, dans quelque d�partement �loign�. Faire vendre le grain de la commune de Sare � celle de Chauvin-Dragon; les foins et pailles aux fonctionnaires des arm�es de la R�publique, les bestiaux dans les foires et march�s voisins.
Tout le  produit en �tre d�pos� entre les mains du District ou du Receveur des droits d'enregistrement de  Chauvin-Dragon, � prendre sur ce produit les frais de voyage de tous ceux qui seront envoy�s � raison de 6 sous par lieue et pour chacun, et les frais d'entretien des vieillards, infirmes et enfants qui seront d�pos�s dans les maisons nationales; de faire s�questrer dans les �glises des communes environnantes les meubles et outils aratoires qui ne peuvent pas �tre emport�s. Distraction pr�alablement faite des meubles qui pourraient servir � loger dans cette commune les d�fenseurs de la patrie qui y seront envoy�s.
Enfin � faire tracer et former par les g�n�raux, un cordon de troupe depuis Louhossoa et Itxassou, par Espelette, Ainhoa, St Pee, Sare, Ascain et Urrugne, jusqu'au Camp des Sans-Culottes � Hendaye, au del� duquel il ne serait permis � personne de venir ni d�passer sous peine d'�tre fusill�s."

Le Cordon de troupes serait form�, a t'on dit  par l'arm�e des Pyr�n�es Occidentales, o� sont nos chasseurs basques ! Or, d�j� des bruits ont couru que les prochaines incorporations pourraient se faire dans des bataillons non Basques. Nombreux sont ceux qui, alors, ne reviendront pas de leurs cong�s.
C'est en apprenant l'op�ration d'�puration qui se pr�pare, que quarante sept conscrits d'Itsassou r�quisitionn�s ou volontaires dans les chasseurs basques, d�cident de passer la fronti�re, dans la nuit du I� au 2 Vent�se An II, (19-20 f�vrier 1794).

On peut donc maintenant lesaccuser de trahison, de collusion et d'intelligence avec l'ennemi. La r�pression sera exemplaire et les projets initiaux sont chang�s :

Il ne s'agit plus de vider le seul village de Sare mais aussi ceux des communes d'Ainhoia, Ascain, Bridous, Cambo, Espelette, Itxassou, Larressore, Louhossoa, Macaye, Mendionde, Sare, Soura�de ...

Ob�issant aux ordres de Monestier, Pinet et Cavaignac, et en ex�cution de l'arr�t� du 13 vent�se en II (03.03.1794) d�clarant "inf�mes" les habitants des communes suscit�es, une rafle en r�gle sera organis�e : Dans la m�me journ�e du 17 mars 1794, (27 ventose an II) et, comme toujours dans pareil cas, par les plus d�vou�s au R�gime en place. Ils livrent les leurs et on voit l'�quivalent des miliciens de nos derni�res guerres trahir leurs fr�res.

Il faut expliquer que leur z�le patriotique leur donnait, par la m�me occasion, la possibilit� d'acqu�rir � bon prix le grain qui se faisait rare et que l'on trouverait chez les d�port�s. Les biens des prisonniers devaient, th�oriquement, �tre s�questr�s, mais on a constat� qu'en pratique le pillage fut de r�gle.
Ce que beaucoup n'avaient pas pr�vu c'est que la guillotine va entrer en action et, boulevers�s, ils virent tomber des t�tes.

C'est dans un second temps que les habitants prisonniers, parqu�s dans leurs �glises respectives, seront rapidement d�port�s vers d'autres �glises des Landes. Comme il avait �t� pr�vu  pr�c�demment, les hommes, femmes, enfants sont s�par�s.

A Capbreton, maintenant rebaptis� "Capbrutus", on a d'autres chats � fouetter et non des moindres. La tour de l'�glise, dont on a enlev� la cloche pour �tre fondue "au service de la Patrie", a �t� am�nag�e en poste de guet permanent et on sera sur le qui-vive  " jusqu'� ce que les c�tes se fussent totalement d�garnies de toutes sortes de b�timents qui donneraient ombrage � tous les vrais R�publicains ".(R.D.)  On craint, en effet, une invasion �trang�re, on s'alarme � chaque convoi de bateaux signal�.

Comme les prisonniers sont reclus dans l'�glise , on confie un mot de passe � la vigie pour pouvoir acc�der au clocher.

Une compagnie de 40 canonniers doit prot�ger la c�te pour parer aux attaques des coalis�s. Mais le port, qui doit rester op�rationnel, s'est de nouveau ensabl�. Aussi proc�de-t'on � la r�quisition de la population des deux sexes, enfants compris, pour r�ouvrir le havre.

Le prix des denr�es ,qui se font de plus en plus rares, est publi� r�guli�rement, de plus en plus cher.
Et voici que le repr�sentant du peuple pr�s l'arm�e des Pyr�n�es Occidentales, consid�rant "qu'il faut �loigner les hommes faibles qui ne seront jamais � la hauteur de la R�publique,"  vient de r�voquer le citoyen Lannes, maire de Capbrutus comme n'ayant pas su maintenir "la discipline et la fraternit� r�publicaine".

C'est alors Mathieu Lapouble, charpentier au village, qui est mis � la place de maire dans ce fatras d'�v�nements qui le submerge. Rapidement il pourra se demande s'il est vraiment le premier de la commune

Il se m�fie de la Soci�t� Populaire qui semble avoir pris les pleins pouvoirs. A sa t�te de cette Soci�t� se trouve Bertrand Lafon, ancien maire, maintenant sous lieutenant de la Compagnie des canonniers.
Il faut aussi �tre prudent, face au  Comit� R�volutionnaire de surveillance Jean-Jacques Rousseau (ci-devant Saint-Esprit) dont d�pend Capbrutus.

Le repr�sentant du peuple pr�s de l'arm�e des Pyr�n�es, Desaa, inspecteur particulier des garde-c�tes maritimes et de la Compagnie des 40 canonniers en garnison � Capbrutus,  a averti, avec  un langage assez cru, qu'il entend bien assurer la police sur le territoire de la commune.

Et voici que, de but en blanc, on lui annonce qu'il doit se tenir pr�t � parquer des centaines de prisonniers basques, jug�s tra�tres � la Nation, qu'il devra "reclure sous huit jours dans la ci-devant �glise", ferm�e au culte et transform�e en prison.

 Le 21 mars 1794, (1� Germinal an II), le comit� de surveillance Jean-Jacques Rousseau �crit ainsi :
 " Le G�n�ral Larroche me charge de vous mander que les reclus ne pouvant se rendre ce soir � votre commune, ils se rendront demain au nombre de 250. En cons�quence prenez, citoyens, les dispositions n�cessaires."
Le registre de d�lib�rations de la Commune fait effectivement �tat des mesures qui avaient �t� prises le 15 mars , (25 Ventose) : "L'�glise doit �tre d�pos�e sous huitaine pour recevoir 1es habitants de Sare, Itxassou Et Ascain mis en �tat d'arrestation. Les effets et mobiliers sont retir�s et port�s en Iieu sur, dans 1a Maison Cazaubon, et sous c1� pour disposer de ladite �glise pour renfermer dans un Iieu de s�ret� ces inf�mes Basques qui ont voulu tromper la R�publique".
On avait bien besoin de cela! Comment l'intendance va-t-elle "suivre ?"

L'�glise n'avait pas la superficie de notre �glise actuelle elle �tait beaucoup plus restreinte. l va fallor entasser ces 250 hommes sanavoir pr�vu aucun �quipement pourles recevoir.

Capbreton r�quisitionne 20 ou 25 charrettes pour les 250 d�tenus annonc�s.

Puis le (2 germinal) 22 mars  on accuse r�ception au g�n�ral Laroche de l'arriv�e de 229 "reclus" de 11 � 84 ans. (Il y a eu un changement d'orientation pour 21 des d�port�s).

Le d�sarroi de Mathieu Lapouble est certain car les habitants de Caprutus sont eux aussi soumis au r�gime de la Terreur .ls craignent les arrestations et les ex�cutions, ils manquent de nourriture. Tout devient rare et cher.

Il �tablit un questionnaire destin� au g�n�ral Larroche sur la fa�on dont les d�tenus "renferm�s dans la ci-devant �glise", doivent �tre trait�s, nourris, et il �tablit un questionnaire pr�cis, afin de ne pas commettre d'impair. Ce questionnaire est retranscrit dans le registre de d�lib�rations de Capbrutus, du 2 Germinal An II, jour de l'arriv�e des prisonniers :

1 - Combien de pain � donner � chaque homme? Nous n'avons pas ici de pain, ce n'est que de 1a m�ture.
2 - Pouvons nous consentir � ce qu'i1s s'ach�tent du vin et autres provisions?
3 - Devons nous leur donner autre chose que de la m�ture? Nous t'observons que nous n'avons pas de viande.
4 - Pouvons nous leur permettre d'avoir de la lumi�re la nuit , dans un fanal?
5 - Pouvons nous permettre qu'i1s aient leur matelas ou paillasse? Nous leur avons fait porter de la paille pour se coucher.
6 - Pouvons nous  permettre qu'ils sortent deux par deux pour laver leur linge,
7 - S'i1 y a des malades, sommes-nous autoris�s � les faire sortir de la Maison de r�clusion pour les traduire dans d'autres, pour les faire traiter?

"La Municipalit� a arr�t� que les ustensiles qui doivent leur servir  de latrines seraient vid�es par 1es reclus qui ne pourraient sortir que deux � 1a fois, qui seraient accompagn�s de trois fusill�s."(sic).

Nous te pr�venons que nous avons, de concert avec l'inspecteur particulier des vigies, fait la consigne au corps de garde que nous te ferons passer.

Salut et fraternit�. Signe Lapouble maire, Lannelucq officier municipal, B�hoteguy, secr�taire greffier (qui est Basque!)...

D�s le 27 mars (7 Germinal), c'est � dire cinq jours apr�s l'arriv�e des prisonniers, le citoyen Bertrand Lafon, officier de sant�, ancien maire, pr�sident de la Soci�t� populaire, est requis pour aller "traiter et m�dicamenter diff�rents Basques reclus", clo�tr�s dans l' �glise. Celle ci est  beaucoup plus petite que celle de Capbreton actuelle, un peu moins de la moiti�. Il y a l�, des jeunes gar�ons de 11 ans et aussi des infirmes et des vieillards.

Au bout de neuf jours, c'est le 1�d�c�s. Le 31 mars 1794 (11 Germinal),  le Registre des d�lib�rations annonce le d�but d'une liste sinistre : mort � 2 heures du matin du d�nomm� Pierre Apesteguy, �poux de feue Marie Larriga, d'Itsassou, 84 ans. Les t�moins, " deux individus reclus, ont dit s'appeler" Michel Gorostarsou, 38 ans, apothicaire � Espelette et Jean Gorrity, chirurgien de 76 ans, lui aussi d'Espelette. On remarque que les t�moins sont des  " hommes de sant�".  Les soins qu'ils ont pu prodiguer ont �t� vains devant la souffrance et l'humiliation du vieillard couch� sur la paille, dans des conditions d'hygi�ne d�plorables, qui meurt sans le secours officiel de la religion.

Huit hommes, de 50 � 84 ans, vont ainsi mourir dans l'�glise.

Les prisonniers ne sont l� que depuis 20 jours et d�j�, le 15 avril, (26 Germinal),  la municipalit� a des difficult�s � nourrir les "reclus". Des mesures nombreuses sont prises contre l'agiotage qui s'effectue au m�pris des arr�t�s pr�c�dents sur la taxe du prix de lait et des victuailles, l'une d'elle est ainsi libell�e :

" Plusieurs particuliers de cette commune commettaient chaque jour des abus sur la vente de 1a volaille et du poisson, qu'ils se permettaient de vendre aux Basques reclus qui sont enferm�s dans cette commune, � ces hommes qui n'ont d'autre loi � observer que de rester tranquilles o� i1s sont d�tenus, sans conna�tre 1e prix d'aucun objet de premi�re n�cessit� et pour lors forc�s � payer le prix de ce qu'i1s ach�tent tout ce qu'on leur demande. De plus ayant appris avec mal au coeur que quelque malveillant avait escalad� un mur chez un particulier de cette commune pour voler des poules,... � son voisin, � son ami ou � son fr�re... sans doute dans l'intention de les vendre � un prix extraordinaire � ces hommes qui se sont rendus coupables envers 1es int�r�ts de 1a R�publique. L'Agent G�n�ral requiers 1a Municipalit� de faire cesser les abus."
"I1 est pareillement d�fendu � tous 1es citoyens et citoyennes de ne plus porter d�s ce moment aux Basques rclus ni du lait ni du caph�...(rature et rectification :)...du caff�, � moins qu'il ne le soit jug� n�cessaire pour cause de maladie."

Ce m�me jour le Maire �crit � l'agent national du district de Dax :
"Je vous rappelle que nous avons 230 basques reclus qui ne sont pas port�s dans notre population...nous sommes bient�t � bout de la premi�re r�quisition...nous avons besoin d'une nouvelle r�quisition pour nous fournir � leur subsistance" (Sign� Pierre Fossecave, agent national R.D.Capbreton)

Le (27 Germinal) 16 avril 1794, Capbrutus se d�charge sur Benesse-Maremne de quelques Basques originaires de Cambo et faisant partie des familles Hardoy, Dublanc et Celnay  (Bull.Borda "Benesse sous la R�vol.Frse." F..)

Le 5 mai 1794, (16 Flor�al an II), le commissaire Fossecave certifie un tableau de 227 individus reclus.

Puis, le 24 mai, (5 Prairial), Capbrutus fait toujours �tat de difficult�s de ravitaillement:
" Les subsistances destin�es pour les Basques reclus dans cette commune qui avaient �t� accord�es par 1'Administration du district sur arr�t� du repr�sentant du peuple PINET a�n� �tant finies, il faut n�cessairement prendre les mesures 1es plus promptes pour se procurer du grain pour 1a nourriture desdits Basques ; II est d�cid� que 1a demande des subsistances sera faite imm�diatement par 1'agent national."
Ce m�me 5 Prairial un nouvel arr�t� adoucit la situation et pr�voit que les familles des d�tenus devront �tre regroup�es "autant que possible", que les d�port�s seront utilis�s � des travaux publics ou particuliers et "ne pourront quitter la commune o� ils sont assign�s, � peine de 6 ans de fer pour les hommes, 6 ans de prison pour les femmes, avec au pr�alable une exposition d'une heure pendant trois jours sur l'�chafaud, au regard du peuple".
Appliquant � la lettre le d�sir de regrouper les familles, les autorit�s Capbretonnaises ouvrent les portes.
Le 26 mai, (7 Prairial),  le Comit� de Surveillance Jean-Jacques Rousseau,(ci-devant Saint-ESPRIT) s'�tonne de ce que Capbrutus ait permis � plusieurs reclus Basques de venir voir d'autres reclus � LA GRANDE REDOUTE � Bayonne (il s'agissait de leurs femmes et de leurs enfants). "Veuillez, �crit-i1 nous faire parvenir un extrait d'un arr�t� du repr�sentant du peuple afin que nous nous y conformions sans crainte de commettre une infraction � 1'arr�t� du repr�sentant du peuple MONESTIER qui veut que personne ne communique avec les reclus."

I1 n'y a aucune allusion � ces voyages  dans les registres de d�lib�rations de Capbrutus. Tout ceci devait se trouver dans archives de la "Soci�t� R�g�n�r�e et Montagnarde" de la commune. I1 aurait �t� passionnant d'y acc�der. Mais comme celles-ci ont sagement disparu en m�me temps que les �v�nements r�volutionnaires prenaient fin, on ne peut reconstituer les faits que par bribes.

Le m�me jour, Capbrutus  re�oit un ordre de libert� pour Jean Diharse. Sa femme et son enfant intern�s � La Grande Redoute, seront aussi �largis.

Puis le 1 juin 1794 (13 Prairial) le comit� de surveillance fait une communication de la plus haute importance :

  " ...Enfin le jour va venir, et ce jour est fix� au 20 ( 8 juin ) de ce mois ( 8 juin ),  o� nous adressons � l'Etre Supr�me, d'une mani�re digne de lui, nos voeux et nos remerciements de la Protection qu'il accorde � nos armes et de la Destin�e qui veille sur notre libert�. Vous trouverez ci-joint � cet effet plusieurs exemplaires d'une pri�re que vous voudrez r�pandre � profusion dans les campagnes et les �coles et substitu�e l� � ces anciens br�viaires qui g�tent et corrompent l'esprit des enfants" : " Pri�re de homme libre " (sic) ":Etre supr�me! que la raison annonce, que la vertu c�l�bre, que l'infortune implore ; ordonnateur de tous les mondes. P�re conservateur de tous les hommes ! � toi qui d�poses les preuves de ton existence et le sceau de ta grandeur dans les organes d'un insecte comme sur le disque du soleil ! �tre des �tres ! S'il est dans la nature un spectacle digne de ton regard c'est celui d'une assembl�e d'hommes qui t'invoquent sans qu'aucun sentiment servile et bas se m�le � leurs hommages. Eh bien ! Tu vois r�unis dans cette enceinte tes adorateurs paisibles qui, nagu�re sectaires enthousiastes, se ha�ssaient ; qui, jadis fanatiques cruels, se pers�cutaient et s'�gorgeaient en ton nom "... " Sans autels, sans pr�tres et sans rois... des hommes libres qui ne veulent d'autre temple que la vo�te du ciel, d'autre autel que les vertus sociales, d'autre sacerdoce que la raison, d'autre ma�tre que la loi, d'autre Dieu que toi, grand Etre, d'autres idoles que la Patrie... " (Bibl.Nle B41.3858 Relev� par Victor Montiton).


" Un membre du Conseil g�n�ral de la Commune du Capbrutus a dit que l'arr�t� du repr�sentant du peuple Monestier (de la Loz�re) du 13 Prairial, dont il a fait lecture ce matin au pied de l'arbre de la libert� porte, article 4 : Dans toutes les communes il y aura un temple d�di� � l'�tre supr�me et, si dans quelques-uns unes il n'existe pas encore, les municipalit�s seront tenues de l'ouvrir et l'indiquer de suite � cette fin, dans les ci-devant �glises. "

C'est ce m�me jour que l'on enregistre le  7�d�c�s : C'est la premi�re fois que le M. le Maire ne va pas se d�placer pour constater le d�c�s et au contraire, les t�moins vont compara�tre dans la Maison Commune. Ils doivent avoir �t� assign�s � r�sidence chez des particuliers pour d�gager la ci-devant �glise.

Le Conseil de la Commune note le m�me jour que "la ci-devant �glise servait de Maison de d�tention pour les Basques reclus et que depuis 1e jour d'hier , 1es dits basques ayant �t� transport�s dans diff�rentes communes,( ils ne sont pas tous partis!),  elle f�t destin�e pour 1e Temple d�di� � 1'Etre Supr�me, il propose qu'il soit fait les r�parations n�cessaires afin de 1e mettre dans un �tat de d�cence proportionn� � l'usage qu'on doit en faire. "


La ci-devant �glise, ci-devant temple de la Raison, ci devant maison de r�clusion devient donc un Temple de l'Etre Supr�me
Encore un 8�d�c�s, le 4 juin 1794: "Le 16 prairial An II, � une heure de relev�e, d�c�de Jean Destail, de 1a Commune de Sare, laboureur de 50 ans", dans une maison de Capbreton non d�nomm�e et c'est la derni�re victime de l'exode � Capbreton.
Comme pour le pr�c�dent, les t�moins se d�placent jusqu'� la Maison commune.
Les Basques seront donc rest�s prisonniers dans l'�glise du 03.03.1794 au 01.06.1794, soit 3 mois. On verra plus tard qu'il leur faudra encore attendre pr�s de trois mois de plus, pour que, le 28.09.1794, il leur soit permis de rentrer chez eux.

On pourra se poser des questions sur le nombre exact des d�tenus � Capbreton. Nous n'aurons pas de chiffre � proposer, il est proche de 230.
Pourtant la Commune d'Ustaritz a demand� au comit� J.J.Rousseau la liste des d�tenus au Capbrutus et la r�ponse du 16 Prairial, (4 juin 1794),que fait ce comit� n'est gu�re �clairante. La voici  :
"Nous vous aurions remis le tableau que vous nous avez demand� par votre lettre du 14 courant des d�tenus au Capbrutus, si un arrett� des repr�sentants du 12 Flor�al, n'enjoignait au district de Dax de diss�miner 1es reclus qui �taient dans cette commune dans toutes celles de son arrondissement. Cet arrett� �tant ex�cut� vous dispanse du m�me travail que vous deviez faire s'i1 ne 1'eut pas �t�".(sic)

Vient le 20 prairial an II, 8 juin 1794, f�te de l'Etre Supr�me, d�cid�e par le d�cret du 18 flor�al. Le ciel n'est pas de la partie car l'emploi du temps des festivit�s sera perturb� � cause du mauvais temps et la f�te sera renvoy�e � l'apr�s-midi. 

"L'article 20 de l'arr�t� des repr�sentants du peuple porte que tous les bons citoyens seront non seulement tenus d'y assister mais de lui donner toute la solennit� due � son objet, aisi que l'espectacle (sic) le plus touchant des vertus r�publicaines."

La municipalit� est en �charpe, suivie des membres de la Soci�t� populaire. Tous se sont rendus � la place de la Corderie, pr�c�d�s des tambours, o� ils ont trouv�s tous les citoyens et citoyennes assembl�s.

On va y lire la pri�re r�publicaine que la Soci�t� Populaire a re�ue de ses fr�res de J.J.Rousseau.(d�j� lue ci-dessus),  "Puis tous 1es citoyens des deux sexes se confondent et se Iivrent aux danses et aux amusements r�publicains."

Apr�s la pluie vient toujours le beau temps, et une embellie arrive le 8 Thermidor an II (27 juillet 1794), veille du renversement de Robespierre. On se rappelle que ce coup d'�tat est d� � l'�nergie de Tallien qui le provoque pour l'amour de la belle Th�r�sia Cabarrus, condamn�e � mort. Laquelle Th�r�sia, surnomm�e Notre-Dame de Thermidor est la descendante d'une famille de marins, commer�ants et armateurs Capbretonnais.

Ce 8 thermidor verra ici � Capbreton,  la naissance d'un enfant basque dans nos murs. Au moment m�me de la chute de ROBESPIERRE, Michel BE�ONARD, d'ITSASSOU, ex reclus dans le temple de l'�tre supr�me, vient jusqu'� la Maison commune d�clarer la naissance de sa fille Gracianne, n�e de lui et de son �pouse Marie JAURETCHE.  La naissance s'est d�roul�e dans la Maison de Guillaume POUCHUCQ, ( mari� � une basquaise Marie Diratchete), cadet de la maison "Janicouton" au Bourn�s.

"Le 8 Vend�miaire An III, (28 Sept 1794), les repr�sentants BAUDOT et GARRAUT mettent fin � l'internement , autorisant les Basques � rentrer chez eux, puis le 10 Vend�miaire ils les r�int�grent dans leurs biens "
On l'a vu, les exil�s ne trouveront plus grand chose en rentrant chez eux.  C'est une nouvelle d�tresse, une grande col�re, de la rancoeur qui �clat�rent en une vive r�action.
On peut lire � nouveau dans les registres de d�lib�ration de Saint Jean de Luz, le 15 prairial an III:
"Consid�rant que dans cette mesure ill�gale et monstrueuse, les d�lib�rants ont pris un consid�rant calomnieux,... les vexations et pillages ont consomm� la ruine de 3000 habitants de Sare, Itsassou, Ascain, Espelette, Ainhoa et Soura�de.
Les dilapideurs doivent �tre d�nonc�s, mis en �tat d'arrestation, les scell�s seront appos�s en leur pr�sence sur leurs papiers et ils seront ensuite conduits � la Citadelle de Bayonne,... et traduits devant les tribunaux."

Utilisant une m�thode plus exp�ditive, les parents de victimes du terrorisme, victimes elles-m�me, hommes ou femmes, paysans r�duits � la mis�re" se regroupent en bandes plus ou moins organis�es. C'est ce que l'on a appel� "le Bataillon du Carosse" . Ils "fusillent" des maisons, chauffent des pieds des acqu�reurs des biens nationaux ou de ceux qui doivent restituer les produits de leur pillage, br�lent les meubles du pr�tre jureur, etc...

Des indemnit�s seront demand�es pour eux en 1795, justes et �quitables, par Pierre-Etienne Cabarrus, armateur de Bayonne et propri�taire � Capbreton, d�l�gu� � Paris par la municipalit� de Bayonne. Le 18 avril 1795, (29 germinal An III), pr�sent� et soutenu par son cousin par alliance Tallien, il lira � la Convention un long rapport "sur les exactions et la d�portation de 3000 Basques". Ce qui sera accord� plus tard en indemnisation est insignifiant.

Le 30 prairial de l'an III,(18 juin 1794),  Capbrutus est redevenu Capbreton. On conservera de cette m�chante aventure quelques liens d'amiti� qui ont pu se cr�er et on essaya d'oublier la"bavure" de MONESTIER, PINET et CAVAIGNAC.

En Pays Basque aussi, on r�apprit � vivre ensemble.

Anne-Marie BELLENGUEZ-DARNET

03.07.2000


______________________________________________________________________________________
1�d�c�s :  Le 31 mars 1794 (11 Germinal),  le Registre des d�lib�rations annonce le d�but d'une liste sinistre: mort � 2 heures du matin du d�nomm� Pierre Apesteguy, �poux de feue Marie Larriga, d'Itsassou, 84 ans. Les t�moins, " deux individus reclus, ont dit s'appeler" Michel Gorostarsou, 38 ans, apothicaire � Espelette et Jean Gorrity, chirurgien de 76 ans, lui aussi d'Espelette.

2�d�c�s : Le 19 Germinal, Bernard Lafon d�clare que "ce jour � 8 heures est mort Salvat Diharse, de Cambo, rentier, 71 ans". C'est l'�poux de la citoyenne HAITZE. Ses deux fr�res Jean-Baptiste, 57 ans et Jean 62 ans, respectivement de Cambo et d'Espelette, signent "Diharce" sur le registre que le maire Mathieu LAPOUBLE apporte � la Maison de r�clusion.

3�d�c�s : "Le 23 Germinal An II, � 8 heures du soir, d�c�s de Jean PINONDE, duranguier, 77 ans, de 1a commune de Sare". Le registre porte la signature de deux t�moins laboureurs � Sare,  Augustin ETCHEVERRY, 67 ans et Jean LARREA (port� LARRIA sur l'acte), 40 ans, laboureur.

4�d�c�s : Deux heures plus tard, ce m�me soir vers 11 heures, meurt Pierre LAPITS, 66 ans, laboureur de la "commune DAINHOUA", (= A�NHOA), entour� de son fils Mathieu, 30 ans, laboureur, (qui ne signe pas) et de son gendre Martin OSTHA, duranguier, 60 ans, (qui signe OSTA), "tous deux de 1a commune DAINHOUA".

5�d�c�s : Toujours ce m�me 26 Germinal, "meurt � 11 heures du soir dans la Maison de r�clusion Pierre BERROUET, 65 ans, laboureur". Comme lui, les t�moins Jean BERROUET, 60 ans et Pierre ILHURHIDE, 40 ans, sont laboureurs "DISATSOU".
Le 16 flor�al an 2, le m�me Fossecave fait le recensement de 227 basques.

6�d�c�s : Le 3 Flor�al an II, mort de Salvat MONDUTEGUY, 55 ans, tailleur d'habits de la Cne DAINHOA, � 9 heures du soir. T�moins Martin ELHORGA, 60 ans, cousin du d�c�d� et BETRYDOY HARSABAT (?), 32 ans, laboureur de DAINHOA, (qui ne signent pas).

Le 8 Prairial, le comit� J.J.Rousseau, en vertu d'une lettre du district d'USTARITZ, arr�te que SIMONET, l'un de ses membres, se rendra � Capbrutus pour y interroger le citoyen PELLEGRIN et le citoyen LESCA, notaire � Sare, tous deux d�tenus. Il y aura encore d'autres interrogatoires.

7�d�c�s : "Ce 13 Prairial, � 1 heure de relev�e, mort de Pierre Detchegoyen, Cne d'Itsassou, 62 ans, Iaboureur, dans Ia Maison de r�clusion. T�moins Dominique Lesca, 55 ans, notaire public n� � Espelette et Jean Caupenne, D'ascain, marin(n)ier, tous deux des basses pir�n�es demeurant actuellement � Capbrutus".

Il s'agit de Jean ESTAIL, laboureur de 44 ans, Commune de Sare, d�tenu dans cette commune,(ne signe pas), et Sabin BENAC, marchand de 37 ans "habitant sidevant dans la commune d'Espelette et actuellement dans cette commune," (il signe).

8�d�c�s, le 4 juin 1794: "Le 16 prairial An II, � une heure de relev�e, d�c�de Jean Destail, de 1a Commune de Sare, laboureur de 50 ans", dans une maison de Capbreton non d�nomm�e

relev� par Anne-Marie Bellenguez

 



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